ACTE II
nF.AUMAP.ClIAIS.
« Il me faut volie déclarai ion. »
CLAVIJO, s'approcliant de la tahle.
Et si je prends ré|;L'e ?
BEALMAnCIIAIS, le suivant.
« Volontiers, monsieur, très-volontiers. »
CIAVIJO, s'arrôtant.
Encore un mot, monsieur. Vous avez la bonne cause, souffrez que je mette en ceci de la prudenco ; d;ms votre propre intérêt, songez à ce que vous laites. De tontes les façons nous sommes perdus sans ressource. Pour moi, ne mourrais-je pas de douleur et de désespoir si mon épée se teignait de votre sang? si, après tous les malheurs que j'ai causés à Marie, j'allais encore lui ravir un frère? Et, quant à vous... l'assassin de Clavijo ne repasserait jamais les Pyrénées.
BEAUMARCHAIS
La déclaration, monsieur, la déclaration!
CLAVIJO
Eh bien, soit; je consens à tout pour vous persuader de la noble confiance que votre présence m'inspire. Je vais l'écrire cette déclaration, et l'écrire sous votre dictée; mais promettez-moi de n'en faire aucun usage avant qu'il m'ait été possible de voir dona Maria, de la convaincre de mon retour sincère et du repentir qui remplit mon cœur; avant que j'aie parlé à sa sœur, et que la généreuse Sophie n'ait intercédé pour moi auprès de mon amante. Vous me le promettez?
BEAUMAl'.CHAIS.
Je pars pour Aranjuez.
CLAVWO.
Oui, mais la déclaration restera dans votre portefeuille jusqu'à votre retour, je l'exige ; et si alors je n'ai point obtenu mon pardon, vois donnerez lui libre cours à votre vengeance. ]\Ia proposition est juste et sage ; si vous refusez de Tacrepter, que ce soit entre nous guerre à mort; mais quelles seront les victimes de votre imprudente vivacité? ce sera vous et votre propre sœur.
108 CLAVIJO
DEALMARCHAIS.
Il VOUS sied bien eiicoie de plaindre celle dont vous avez fait le iiiallieur!
CLAVIJO, s'asseyant.
Ma proposition vous convient-elle?
BEAUMARCHAIS
Eh bien, j'accepte! mais je vous préviens que je n'attends pas un moment de plus Je reviens d'Aranjiiez, je demande, j écoute; si comme je l'espère et le délire, on ne vous a point encore pardonné, toirt de suite votre déclaration chez l'imprimeur.
CLAVIJO prend du papier.
Comment la voulez vous?
BEAUMARCHAIS
En présence, monsieur, de vos domestiques.
CLAVIJO
Mais à quoi bon?
BEAUMARCHAIS
Ordonnez seulement qu'ils se tiennent dans la galerie voisine; je ne veux pas qu'on dise que je vous ai forcé,
CLAVIJO
Quelles précautions !
BEADMARCHAIS.
Je suis en Espagne, et j'ai affaire à Glavijo.
CLAVIJO
Soit. (H ^onue, un domestique entre.) Faites monter mes gens, et tenez-vous tous dans la galerie. (Le dome-stique »ort, et tous les
autre, viennent et restent dans la galerie.) YoUS permettez que je
fasse moi-même la déclaration?
BEAUMARCHAIS
Non, monsieur; vous voudrez bien écrire ce que je vous dicterai. ( iav,jo écrit.) « Je soussigné, Joseph Clavijo, Vun des gardes des archives du roi...