‹ ThéâtreChapitre 119 sur 238 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

le cœur des aulrcs, si tu n'es point cajiablc de te mettre liauquillement au-dessus de ces accidents qui loin mei lieraient une anie iaihle, toi-même, avec tous tes honneurs, tes cordons cl les croix, avec la couronne même, lu ne seias jamais qu'un homme ordinaire. Calme-toi, ranime-loi! { ia\ijo .-e

lève, repartie Carlos et lui tend une main que celui-ci saisit avec vivacité.) Allons, allons, mon ami! prends une réso'ulioii. J écarle toute aiilre considéra!ion,et j»' dis : « Voici deux paitis clans le plateau de la balance : ou lu épouses Marie, et tu trouves ton bonheur dans une vie bourgeoise et ignorée, dans le calme des plaisirs domesti(|ues; ou bien tu continues à diriger ta course par la carrière des honneurs vers un but que tu es sûr d'atteindre. » — J'écarte toute autre considération ; el je le dis : « La balance est immobile encore, c'est ta décision qui va la faire pencher. Soit; mais décide-toi. » — Rien n'est plus pitoyable au monde qu'un homme irrésolu, qui flotte entre deux sentiments, voudrait les concilier tous deux, et ne voit pas qu'ils ne peuvent être conciliés que par ce doute et cette inijuiétude même, qui sont pour lui un supplice. Courage, donne la main à Marie, agis comme un honnête homme qui sacrifie à sa parole le bonheur de sa vie entière, qui croit de son devoir de réparer le mal qu'il a fait, et qui n'a jamais étendu le cercle de ses volontés, de ses goûts, de ses actions, pour être toujours en état de pouvoir tout réparer. Jouis ainsi du bonheur d'une douce obscurité, du bon témoignage d'une conscience scrupuleuse, et de toutes ces félicités qui sont accordées aux hommes capables de fiire leur propre bonheur et la joie de leur lamille. — l)écide-loi, et je te dirai alors : « Tu es un homme. »

CLAVIJO

0 Carlos! que n'ai-je une étincelle de ta force, de ton

courage!

CARLOS

Cette étincelle est dans ton cœur, et je soufflerai dessus jusqu'à ce qu'il en jaillisse des flammes. Vois d'un .lutre côté la fortune et la grandeur qui t'attendent. Je no te les peindrai point, ces espérances, avec les couleurs éblouissantes

190 CLAVÎJO.

d'un i»oê!e; lu n'as (ju'à le les rep'cscntcr h loi-même avec ■celle «larté sous laquoUe elles s'oftVaient sans cesse à Ion cœur jivant que ce pilil Français, celle Icle ex;illée, eût Irouljlé lous les sens. M:iis ici encore, Clavijo, soi< homme. Voi a Ion chemin ; suis-le hardimenl sans re|.:ar(ler ni à dioite ni à iiiuiche. Puisse Ion àme s'agrandir! Puisses-tu te pénétrer (le celte grande vérilé que les hommes extraordin.iires ne son' réellenien extraordinaires que parce que leurs devoirs s'écartent du devoir du commun des hommes. Sache que ( elui qui est chargé de surveiller un grand tout, de le gouverner et de le i ouserver, n'a jamais à se reprocher d'avoir bri.^é (le laibles liens, et sacrifié quelques détail pour le bien (le la nias>e. C'est ainsi que le Créateur agit dans la nature, le roi dans ses États j et pourquoi ne le lerions-nous pas pour leur ressembler?

Ah! Carlos, je suis bien petit!

CARLOS

Nous ne sommes pas petits parce que des circonstances malheureuses nous contiarient : nous le sommes (piand nous y cédons. Un dernier ellori, et lu es rendu à loi-méme. Éloulfe dans ton cœur les restes d'une pilo^abe passion qui, aujourd'hui, te convient aussi peu que ce petit habit gris et cet air simple et modeste avec lequel tu es venu à Madrid. Cette jeune lille n'a-t-elle pas eu depuis longtemps sa récompense pour loul ce qu'elle a fait pour toi? Es-tu coupable envers elle d'un crime, prce qu'elle est la première personne qui t'ait reçu chez e'ie .ivec amitié? Oh 1 p'Uir avoir le plaisir de ta société, une ;iutre en aurait fiit autant et même davantage, snns élever d'aussi grandes prétentions. — Et le serail-il venu dans l'idé-j de donner à ton màlie d'école la moitié de Ion bien, parce qu'il t'aura enseigné l'A B C il y a trente ans? Voyons, Clavijo?

CLAVIJO

Tout (ela est tiès-bicn... Tu peux avoir iai<on, soit; mais conuhcnt nous tuer de l'embarras où nous sommes? Donnemoi des avi«, des secours, et je l'écoute alors.

Bon ! In II' v.'iiv n(» c.

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