‹ ThéâtreChapitre 123 sur 238 · SOI'MIE · texte numérisé non relu

SOI'MIE

Donne-lui lu main et sois lienrense. — J'entends noire lière !

BEAUMAnCHAFS entre.

Où est Gilbert?

SOPIIIF.

Il y a déjà quelque temps qu'il est sorti; il ne peut lardrr à rentrer.

Qu'as-tu, mou frère? (Elle ^-e, lève avec précipilalionet lui saule au

cou.) Qu'as-tu, cher frère?

BEAUMARCHAIS

Rien! laisse-moi, ma chère Marie!

ÎIIARIE.

Si je suis ta chère Marie, dis-moi ce que tu as sur le cœur.

SOPHIE

Laisse-le. Les hommes ont souvent l'air tiisle sans avoir snjet de l'être.

BIARIE.

Non, non. Âh! mon frère, je te vois depuis peu de jonrs, mais je lis déj i sur Ion visage tous les secrets de ton cœur ; je lis sur ton front tous les senlimeutsde ton âme pure, qui ne sait pas di simuler. Quelque chose le t<Mirmeiite. Parle, qu'est-ce?

BEAUMARCHAIS

Ce n'est rien, ma chère amie ; j'espère qu'au fond cela ne sera rien. Clavijo. .,

ïiajrië.

Comment?

BEAUMARCHAIS

Je viens de chez Clavijo. 11 n'était pas chez luL

Î16 CLAVIJO

SOPHIE

El cela l'inquiète?

BEAUMARCHAIS

Son portier dit qu'il est parti, il ne sait pour quel endroit, ni combien de temps il sera ub>ent. Me f»it-ii refuser sa porte? Est-il réellement parti? Que veut dire tout cela?

MARIE

il faut attendre.

BEADMARCHAIS.

Ta bouche ment à ton cœur. Ah ! la pâleur de ton visage, ton corps tremblant, tout nous dit que tu ne saurais attendre. Chère sœur ! (il la serre contre son sein) j'en jure par ce cœur sensible que je sens palpiter contre le mien, par ce cœur déchiré... Écoute-moi, Dieu juste! Tu seras vengée, si... la seule idée m'en fait frémir '... S'il se rendait coupable d'un double parjure; s'il se faisait un jeu cruel de nos malheuis' Non, ce n'est pas, ce n'est pas possible... vai tu seras vengée !

SOPHIE

Tu le condamnes trop piécipitamment. Epargne Marie, je t'en prie, mon frère. (Marie s'assied.) Qu'as-tu, ma sœur? tu te trouves mal!

MARIE

Non, non ; tu t'alarraes d'un rien.

SOPHIE lui présente un verre d'eau.

Bois cela.

MARIE

Laisse-moi donc; jenen ai pas besoin. — Allons, donnele-moi.

BEAUMARCHAIS

Oii est Guilbert? Oui est Buenco? Envoie les chercher, je l'en prie. (Sophie sort.) Comment te Irouves-tu, Marie?

Bien, trè.-bien 1 Tu penses donc, mon frère...

BEAUMARCHAIS

Quoi ? ma bonne amie !

ACTK IV, 197

MARIIi:.

Âh!

DEAUUAItCHÀIS.

Tu as de la peine à res()irer?

MARIE

Les palpitations de mon cœur sont si violentes, que je ne puis reprendre lialeine.

HEADMARCHAIS.

N'emploies- tu rien pour calmer cela?

BIARIE.

Ali! je ne sais qu'un remède pour me guérir. Je le demande à Dieu depuis longtemps.

BEAUMARCUAIS.

Tu l'obtiendras, et de ma main, je l'espère!

IIARIE d'une voix éteinte.

Oui? c'est bien!

Sophie entre.

SOPHIE

Un courrier vient de me reii.ettre cette lettre, il arrive d'Aranjuez.

BEAOMARCHAIS.

C'est le cachet et la main de notre ambassadeur.

SOPHIE

Je l'ai prié d'entrer et de se rafraîchir; il n'a voulu rien accepter, parce qu'il avait encore plusieurs autres dépêches.

MARIE

Oblige-moi, ma bonne amie, de faire appeler le médecin.

SOPHIE

Tu te sens donc bien malade? Grand Dieu! qu'as-tu donc?

MARIE

Tu me tourmenteras au point que je n'aurai pas le courage de te demander un verre d'eau. >^ophie! mon lirèie î Que contient donc celte lettre? Vois comme il tremble! comme il semble abattu ! Mou frère î mon frère !

Beauraarcliais, sans proférer une parole, se jette dan; un fauteuil, et laisse tomber la lettre à ses pied-.

îUi* CI.AVIIO.

SOPHIE

Mon frère !

£Jle ramasse ):) lettre et lit.

UARIE.

LaiS"^e-moi la voir, il Tant tjueje... (Elle veut se lever, mais elle

n'en a pa> b force.} Al»! Hiallieur ! je le sciis, il a IVappé le co<i[) moi Ici. Ma sœur! ali! |t:ir pitié, parle, eiilbn ce-moi le poimvAid dans le <œuv... H nous trahit?

BEALMAneUAlS,, se l«vaxiL hors de lui.

11 nous trahit ! (il >e rnippc la tcle ci la poitrine.) Tout CSt

.noi l, tout est anéanti pour mon âme, comme si un coup de foudre m'avait privé de tous mes sens. Marie ! Marie ! il t'a trahie, et je suis encore ici ! Où aller? que faire? Je ne vois rien, rien! point de moyen, point de salut.

Il se rejette dans le fauteuil. — Guilbcrt entre. SOPHIE.

Ah! mon cher Guilhert, aide-nous, conseil le- nous! nous sommes perdus!

GDILBERT.

Sophie !

SOPHIE

Prends! lis celle lettre! L*ambassadeur écrit d'Aranjuez que Clavijo a porté contre mon frère une plainte criminelle qui l'accuse de s'être introduit d.ins sa maison sous un nom emprunté; que Beaumarchais l'a surpris encore au lit; qu'en lui meitaut le pis'.olet sur la goige il l'a forcé de lui signer une déclaration ignominieuse; et que si mon frère ne s'éloigne sur-le-champ du royaume, on va le renfermer dans une prison, dont lui-même, tout ambassadeur qu'il est, ne pourra peut-être jamais le faire sortir.

BrAUMARCH.VrS se lève.

Oui, je le veux ! qu'ils me traînent dans les cachots! mais ils viendroiit m'arracher de dessus son cada\Te, de la place où je nagerai dans son sang. Une eflVoyable soif de sou sang me dévore D eu du ciel, sois béni de ce que tu envoies aux hommes quelques soulagements au milieu de leurs douleurs affieu>es! Je sens mon cœur altéré de veuizcance. Ce senti-

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