‹ ThéâtreChapitre 142 sur 238 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

LUCIE

Peut-OH s'aimer de la sprte?

STELLA

Que demaïKles-tu, ma |ielite?... je ne puis te répondre. Mais de quoi lsI-cc donc que je vous entrelieiis? ce sont des riens, d'î véritables riens!... En vérité, Ton n'est qu'un «^iind enfant; on en prend les manières... les enfants se cachent dans leur tablier, et crient : a Fait, » pour qu'on les cherche!... Comme cela rem[ilit tout le cœnr, lorsque désolées d*ab;tndoinier l'objet de notre amour, nous clierdioiis à l'enchaîner auprès de nous!... Avec quelle violence toutes les forces de notre âme se précipitent de nouveau vers sa présence! comme cette impulsion bouillonne et travaille dans notre sein! ei comme le cœur déborde au premier coup d'œil, au premier serrement de main !

MADAME SOMMER

Que vous êtes heureuse ! Vous vivez encore entourée des sentiments les plus jeunes et les plus purs du coeur humain.

Un siècle de larmes et de chagrins ne peuvent effacer le bonheur du piemier regard, de ce tremblement, de ces paroles balbutiantes, des premières rencontres, de l'abandon, de l'oubli de soi-même... du [)remier baiser ravi et biùlant, du premier embrassement oiil on respire enfin le repos! Ah! madame, ils s'évanouissent : ma chère! où sont-ils?

MADAME SOMMER

Ah! les hommes! les hommes!

STELLA

Us font notre bonheur et nos peines! Ils mettent dans nos cœurs le pressentiment de la lélicité! quelles sensations nouvelles, inconnues, quelles espérances enchanteresses enflent nos âmes, quand ils nous font partager leur impétueuse passion! Combien de fois n'ai-je pas senti Irissonner et retentir tout mon être, quand ses larmes versaient dans mon sein les douleurs de sa vie! je le priais d'épargner et lui et moi... Vainement! le feu qui le consumait me pénétrait tout entière, de la tête aux pieds; en moi, tout était

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sensation, tout était cœur ; et d.ins quel lieu du monde, pauvre créatuie, puis-je maintenant respirer? oiî trouver un aliment à cet insatiable besoin?

BlADAMi: SOMMER.

Nous croyons les hommes! Dans le moment de la passion, ils se trompent eux-mêmes; comment ne serions-nous pas trompées par eux?

STELLA

5ladame, il me vient une idée : soyons l'une pour l'autre ce qu'ils auraient dû être pour nous; resloiis ensemble.... voire main : de ce moment je ne vous quitte plus.

LUCIE

Cela ne se peut pas.

Pourquoi, Lucie?

Ma fille sent que...

STELLA

MADAME SOMMER

STELLA

Ce n'est point un bienfait que je vous offre ; c'est vous qui serez ma bienfaitrice si vous restez. Oh! non, je ne saurais être seule. Ma chère, j'ai tout fait : j'élève des chiens et des oiseaux; j'apprends aux petites filles à lnoder et à tricoter, uniquement pour n'être pas dans la solitude, pour voir en dehors de moi quelque chose de vivant et de sensible. Et quand cela me réussit, quand une diviniié bienfaisante semble, par un beau matin de printemps, avoir enlevé le poids de douleur qui comprime mon âme ; quand je m'éveille tranquille, que je vois le soleil luire sur nos arbres, que je me sens pleine d'activité pour les affaires du jour, alors je suis bien; je rôde longtemps çà et là, j'ordoiuie, je dirige mes gens, et d'un cœur reconnaissant et libre je remercie à haute voix le ciel de ces heures de bonheur.

MADAME SOMMER

Ah! oui, madame, je le sens, l'activité et la bienfaisance sont des dons du ciel : c'est le dédommagement des cœurs malheureux par Tamour.

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