‹ ThéâtreChapitre 147 sur 238 · ACTE III. Î4i · texte numérisé non relu

ACTE III. Î4i

reuse et fleurie des distractions, où les jours se donnaient agréablcniL'iil lu main les uns aux autres. Ki ccpriidaiil »! rne manquait qMcli|uo chose, (juand je regardai |>lus profondément d;uis la vie, el que je pressentis loiiles les douleurs et tous les biens qui atleiulent 1 homme, je dé.^iriii un mari dont la main me guidai dins le monde, qui, en échange de l'amour que lui vouerait mon jeune cœur, deviendrait mon ami dans l'âge avancé, serait mon protecteur et me tiendrait lieu des parents que j'aurais abandonnés pour lui.

FERNANDO

Eh bien !

MADAME SOMMER

Je rencontrai cet homme! je le vis! Dès les premiers jours de notre liaison je plaçai sur lui toutes mes espérances. La vivacité de son esprit me parut unie à une si parfaite fidélité de cœur, que le mien s'ouvrit à lui sur-le (hamp; que je lui accordai en même temps mon amilié, et trop tôt, hélas! tout mon amour. Dieu du ciel ! quand sa tète rt posait sur mon sein, comme il paraissait te remercier du destin que tu lui avais préparé dans mes bras! comme il fuyait le tourb îlon des distractions et des affaires pour revenir à moi! et comme, dans les moments d'inquiétude, je m'appuyais contre son cœur!

FERNANDO

Qui put troubler une si douce union?

MADAME SOMMER

Tout passe... Ah! j'en suis sûre, il m'aimait comme je l'aimais. Il fut un temps oii il ne connaissait rien, ne voulait rien que de me voir heureuse, que de me rendre heureuse ! Ce fut le plus délicieux temps de ma vie, que ces premières années, où la moindre pelijLe humeur, le moindre ennui était un événement entre nous, comme si cela eût été sérieux. Hélas! il m'accompagnait dans la route pénible de la vie pour me laisser seule dans un désert affreux.

FERNANDO, toujours plus troublé.

Comment cela?... mais ses sentiments, son cœur? I. 21

Î42 STELLA

MADAME SOMMER

Eli ! pouvons-nous savoir ce qui bat dnns le cœur des hommes? Je ne m'apercevais pas que par degrés tout lui devenait, coinmeiil dirai-je? non pas plus indi.réient, ce n'est pas le mol; il m'aimait toujours, oui toujours; mais ma tendresse ne lui suffisait pas. Ses désirs étaient partagés entre moi et peut-être une rivale; je ne sus point taire mes griefset enfin...

FERNANDO

Il put...

MADAME SOMMER

11 m'abandonna. Le senlimeut où me jVta mon malheur n'a point, de nom. Toutes mes espérances renversées en un in>taut; dans l'instant où je devais recueillir le fruit de ma jeunesse que je lui avais sacriiiée' Abandonnée ! abandouuée ! Tous les appuis du cœur humain, l'amour, la confiance, l'e.— time, un éiat, une fortune qui croissait chaque jour, la perspective d'une famille bien pourvue : tout s'écroulait à li lois. Et moi, malheureux otage de noire tendresse! un sombre et froid désespoir succéda à mes premières et furieuses douleurs : mon cœur désolé ayant pleuré touies ses larmes, tomba dans l'abattement. Les peines humilian'es d'une malheureuse délaissée et sans fortune, je ne m'en aperçus pas, je ne les sentis pas, jusqu'à ce qu'enfin...

FEr.NA^DO.

Il est bien coupable!

MADAME SOMMER, avec une douleur contrainte.

Il ne l'est pas. Je plains l'homme qui s'attache à uii< fille....

Madame...

MADAME SOMMER, chercl^nt à couvrir son émOtion sous une douce

plaisanterie.

Non, certainement : je le considère comme un prisonnier qui s'échappe. Et ne le dites-vous pas tous les jours ? 11 est amené de son monde dans le nôtre, avec lequel d n'a dans le fond rien de commun. Il s'abuse lui-même un certain temps;

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et malheur à nous qiinnd ses yeux viennent à s'ouvrir ! Je ne pouvais |llll^ être |ioiir lui ([u'une bonne mciingèie a! lâchée à hii plaire, à le soigner, m'y dévouant avec le plusgiand zèle, consacrant loute> mes journées à la surveillance de sa maison, de ses enfants, et forcée, j'en conviens, à m'occiipcr de tant de petites choses, (pie souvent mon cœur et ma tète étaient un peu arides, que mon entretien devait lui paraître souvent monotone, et que la vivacité de son esprit pouvait trouver ma société languissante ^^on, il n'est pas coupable.

FERNA^DO, bC jetant à ses pieds.

Je le suis!

MADAME SOMMER, versant un torrent de larmes.

Mon...

FERNANDO

Cécile ! ma femme !

CÉCILE ^e détournont.

Non, ne dis pas : « ma femme. » Tu m'as abandonnée! 0 mon cœur! (-e jetant à son cou.) Fernando, (|ui que lu sois, laisse couler dans ton sein les larmes d'une infortunée.. . Soiitiensmoi ce seul in.-tant : et ensuite, akindoune-moi pour jamais. Ce n'est plus ta femme... ne nie repousse pas.

FERNA.NDO.

0 Dieu!... Cécile!... tes larmes sur mes joues! ton cœur palpitant contre le mien! épargne-moi! épargnemoi!

CÉCILE

Je ne demande rien, Fernando!... que ce seul moment!... Accorde à mon cœur cet épancbemeiit dont il a besoin pour se soulager, pour reprendre quelque force... tu seras délivré de moi.

FERNAiNDO.

T'abandonner ! ah ! plutôt perdre la vie!

CÉCILE

Je te reverrai, mais non pas sur cette terre. Tu appartiens aune autre, à qui je ne t'enlèverai pas. Ouvre, ouvre-moi le ciel : un confi d'œil vers cet heureux lointain, vers ce séjour

Î44 STELLA

éternel... Voilà ma seule, mon unique consolation dans c*

terri lile moment.

FERNAISDO, la prenant par la main, la regardant, l'embrassant.

Rien, rien clans le monde ne me séparera de toi. Je t'ai retrouvée.

CÉCILE

Tu as retrouvé ce que tu ne clierchais pas.

FERNANDO

Ahî finis, fiiiisî Je t'ai cherchée, mon abandonnée, mon adorée! Ici même, dans le? bras de cet ange, il n'était pour moi ni joie ni repos; tout me retraçait ton souvenir et celui de ta filie, de ma Lucie. Ciel propice! quel bonheur! cette aimable créature que j'ai vue serait-elle ma fille?... Je t'ai clierdiée partout! depuis trois ans j'erre de toutes parts. Au lieu de notre demeure, j'ai trouvé... hélas! notie maison changée, passée dans d'autres mains... et le récit lamentable de la perte de ta fortune! Ta disparition me déchira le cœur! Je ne trouvais aucune trace de toi; et, fatigué de moi-même et de la vie, je pris cet habit, j'entrai au service étranger. Je me suis battu pour détruire la liberté mourante des généreux Corses. Et maintenant, après de longues et surprenantes aventures, tu me revois ici; je m'appuie contre ton sein, ma très-chère, mon excellente femme !

Entre Lucie.

FERNAÎ<DO.

Ma fille!...

LUCIE

Le plus chéri, le meilleur des pères, si tous êtes encore mon père?

FERNANDO

Ah! toujours, à jamais!

CÉCILE

Et Stella?

FERNANDO

Ne perdons pas un moment... L'infortunée!... Pourquoi, Lucie, ne nous sommes-nous pas reconnus ce matin?... Le cœur me battait. Tu sais avec quelle émotion je t'ai quittée.

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