‹ ThéâtreChapitre 152 sur 238 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

LK CABINET DE STELLA cuir de lune. Stella lient le portrait de Fernando et cherche à le détacher du cadrai

STELLA, seule.

Epaisse obscurité de la nuit, environne-moi, soutiens-moi,

conduis-moi. J'ignore oii je vais Je dois, je veux aller me

perdre dans un monde éloigné, inconnu. Mais où donc? où? Bannie de ces lieux chéris, où ta lumière incerlaine, ô lune ! éclaire le sommet de mes arbres ! ne pourrai-je plus errer là où tu jettes sur le tombeau de ma M ma ime ombre pleine» pour moi, de charme et de douleur, là où sont conservés tous les trésors de ma vie, mes divins souvenirs!... Et toi, que j'ai si souvent arrosée de larmes religieuses, ô place de mon tombeau! toi que je consacrais à mon repos éternel; autour de qui se rassemblaient toutes mes joies et toutes mes peines ; où dans mon délaissement j'e>pérais encore errer comme une ombie, et jouir languissamment du passé : être ainsi bannie loin de toi! bannie!... Tu deviens insensible, Stella! Dieu loit loué ! ta tète est ravagée ! tu ne peux plus saisir celte

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pensée : iKuiiiie'... Tu deviens insensée... Eli bien!... oli, la léte me tourne! adieu ! adieu ! je ne vous revenai plus. Il y a dans ce seniinient quelque chose de mortel... Ne plus revoir... Pars, Stella! (Elle prend le portrait.) Et toi, (lois je .Uissi te laisj-er? (Kllo prend un couteau et commence à défaire les clou?.) QuC

ne suis-je vide de pensées ! (pie lUî suis-je ensevelie dans un stupide sommeil ! que ne suis-je noyée dans des larmes éîeriielles! infbrlnnéi' Stella!... Mais, le qui est, ne peut être

changé! (Tournant le portrait vers la lune.) Ail, Femaudo, ipiaud

tii vins à moi, quand mon cœur s'élança au-devant du tien, ne sentais-tu pas ma (onfiance dans ta fidélité, dans la bonté?... Ne sentais-tu point quel sanctuaire s'ouvrait pour te recevoir, quand je t'ouvris mon cœur? et tu ne frissonnas point 5 cet aspect ! et tes Ibrces ne l'abandonnèrent point! et tu ne pris pas la fuite ! Âs-tu pu déchirer ainsi par passetemps mon bonheur, mon innocence, ma vie? Les déchirer et les rejeter au loin, sans en conserver de souvenir! Ame noble! Oui, âme noble ! Ma jeunesse, mon âge d'or! Et tu portais dans le fond de ton cœur une pareille perfidie. Une iemme! une fille! et moi! Mon àme était libre et pure comme un matin de printemps... tout, tout était espérance. Où es-tu, Stella? (Regardant le portrait.) Cet air si grand, si llatteur ! Ah '. c'est ce regard qui m'a perdue ! Je le bais... Loin demoi. .. si brillant, si aimable! Non, non. Ah traître... Et c'est pour moi ! pour moi ! Toi, pour moi ! (Elle porte le couteau contre le portrait.) Fernando. (Elle se détourne, le couteau tombe; elle se jelte par terre en versant un torrent de larmes et eu s'ap-

puyant contre un fauteuil.) Ah i tiop cher! trop cher ! C'cst en vain ! c'est en vain !

Un domestique entre.

LE DOMESTIQUE

Gracieuse dame, vos ordres sont exécutés ; les chevaux sont à la petite porte du jardin : vos paquets sont faits. N'oubliea pas de prendre de l'argent.

STELLA

Arrange ce portrait. (Le domestique prend le couteau; détache 1« |)ortrait du cadre et le roule.) Voilà l'argent.

256 STELLA

LE DOMESTIQUE

Mais pourquoi?

STELL4. reste un moment silencieuse et regarde autour d'elle.

Viens.

Elle soit.

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