SCÈNE VIII ALCESTE, SOPHIE
SOI'UIE.
Que faites-vous, Alceste '. vous semblez m'éviler. La solitude VOUS ofiVe-t-elle tant d'attraits?
ALCESTE
Pour cette fois, je ne sais ce qui m'y attirait; et sans beaucoup de raison, on se tient souvent quelque monologue.
soriiiE.
La perte est grande, il est vrai, et a droit de vous chagriner.
Ali ! cela ne signifie rien, et je m'en soucie peu. Nous y sommes ; qu'est-ce qu'un peu d'argent? qui sait s'il n'est pas tombé en bonnes mains?
SOPHIE
Oui ; votre bonté ne souflre pas que nous en prenions quelque chagrin.
ALCESTE
Avec un peu de franchise on pouvait éviter tout cela.
SOPHIE
Comment l'entendez-vous?
ALCESTE, souriant.
Cela?
SOPHIE
Oui, comment cela s'applique-t-il à cette affaire? .
ALCESTE
Vous me connaissez, Sophie, soyez franche avec moi. L'iir-
geiit est |)arli, qu'il demeure où il est. Si je l'avais su plus
ôt, j'aurais gardé le silence; mais la chose s'étant passée de
sorte...
SOPHIE, élonnée.
Ainsi vous savez?
ALCESTE, avec tendresse. 11 prend sa main et la baise.
Votre père... Oui, je le sais, ma bien-aimée Sophie.
SOPHIE, confondue et confuse.
Et VOUS pardonnez?. ..
ALCESTE
Cette plaisanterie, dont je suis loin de faire un crime.
SOPHIE
Il me paraît....
ALCESTE
Permets, Sophie, que nous parlions du fond du cœur. Tu le sais, Âlceste biùle toujours pour toi. Le destin t'arracha à mon amour, mais ne nous a point séparés. Ton cœur e.-t loujours à moi, le mien t'appartient toujours; mon argent est le tien aussi bien que s'il t'était cédé par contrat; tu as sur mes biens les mêmes droits que moi ; prends ce qui te conviendra, Sophie; aime-moi seulement, (il rembrasse-, elle ^e tait.) Ordonne, lu me trouveras sur-le-champ prêt à donner les mains à lout.
SOPHIE, fièrement et en se dégageant de ses bras.
Bien du respect à votre argent, mais je n'en ai que faire. Quel est ce Ion ? je ne sais si je vous comprends bien. Ah 1 vous me connaissez peu î
ALCESTE, piqué.
Oh ! votre très-humble serviteur ne vous connaît que trop et sait aussi ce qu'il demande ; il ne voit pas ce qui peut aUumer votre colère. Quand on va aussi loin...
SOPHIE, étonnée.
Aussi loin ! comment cela?
Madame...
ACTL [II. 309
SOPHIE, avec vivacité.
Que signifie cela, monsieur?
ALCESTE
Pardonnez à ni:i lionli;, je vous aime trop pour diie tout haut une telie chose.
SOPHIE, avec colère.
Alcesle !
ALCESTE
Ayez la bonté de demander au papa. Il sait, à ce qu'il paraît...
SOPHIE, éclalnnt avec feu.
Quoi? je veux le i^avoir; quoi? monsieur, je ne plaidante pas.
ALCESTE
Il dit que vous avez...
SOPHIE, de même.
Eh bien! que j'ai...
ALCESTE
Eh bien ! que vous. .. que vous avez pris l'argent.
SOPHIE, se détournant en pleurant de rage.
Il ose... 0 Dieu ! fallait-il donc en venir là!
ALCESTE, suppliant.
SOPHIE, toujours >e détournant.
Vous n*êtes pas digne...
ALCESTE, de même*
Sophie !
SOPHIE
Loin de moi !
ALCESTE
Pardonnez.
SOPHIE
Loin de moi! non, je ne pardonne pas. Mon pèren*a pas craint de m'enlever l'honneur. Et de Sophie, commeiiL Alcesle, VOUS pouvez le croire? Je ne l'eusse point dit poui- tous les biens du monde... mais il faut que tout se sache. — C'est mon père qui a l'argent.
Elle sort précipitamment.