‹ ThéâtreChapitre 215 sur 238 · MERRI LO · texte numérisé non relu

MERRI LO

Je ne dis rien ! mais quand on con-idère votre haute position et vos rare> qualités, il est évident qu'un seul de vos regards doit poricr dans l'àme d'une belle un trouble incroyable.

LE PRINCE

Malhi ureux ! tu parles de mon rang ! qu' est-il auprès de ce cœur?

MERKULO.

Pardon... rendons son prix à chaque chose. Par exemple, un amour véritable est une perfection; mais un amour véritable avec une bourse bien garnie, y a-t-il rien au-dt.ssui de cela? 11 en est de même du rang...

LE PRINCE

Cesse de parler sans (in et sur de tels sujets '

IIERKLLO.

Non, ce serait être ingrat (pie de ne pas le reconnaître; près de vous, mon maitie, je suis à l'abri de tout danger. La présence de Votre Altesse, comme la pointe protcctiice du

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piMMioiiiicnc, uUiuiiil à elle sciili! toiile l'électricité des lendits ((nii>, iKtiis di'li'iKl (le leurs coups.

LE PRINCE

Eht-il bientôt cnze heures?

MEIIKULO.

A rinstanl,cl je me retire pour vous laisser seul vous livrer à vos scnlinients vers riiiure solennelle de minuit. C'est une admiiable inveiilion de nos jours, qu'à cliacjue lieuie, à chaque moment de la journée, on ait attribué des sculimeuls spéciaux. Sous ce rappoit, les rrciens étaient de vrais sots! On voyait au grand jour et en plein air les scènes les plus solennelles et les plus (erriblcs se passer dans leurs drames. V.n dehors de onze heures on minuit, nous ne Taisons rien, et sans tombeaux, sans cimetières, sans longs voiles noirs, impossible chez nous d'exécuter rien qui vaille. ^

LE PRINCE

Mes pistokts sont-ils chargés?

MEF.RULO.

Toujours, comme vous l'avez ordonné; mais, je von- eir. conjure, an nom du ciel, n'allez pas vous tuer!

LE PRIiNCE.

Ne crains rien. (Onze heures sonnent.) Onzc heures!

MERRULO.

Le son de la 'cloche en ce château n'est rien moins que solennel; cela sonne comme si l'on frappait un chaudron. Il n'en faudrait pas davantage pour m'arracher aux plus doux transports.

La musique prélude, et joue par intervalles clans la scène suivante. LE PRINCE.

Tais-toi, profane, et fuis!

MERKLLO.

Je me relire !

Merkulo sort.

LE PRINCE, seul.

En vain vous vous efiorcez par votre beauté, par vos charmes séduisants, de m'arracher aux pensées que je liens

sans cesse enveloppées dans les bras de mon âme. Allez, filles mortelles! L'immortalité plane au-de:sus de mon front. J'en vois descendre de purs esprits qui viennent animer ce séjour, et enivrer mon cœur de félicilé.

La musique continue d'un ton solennel. On entend le murmure de» cascades, le chant des oiseaux, et la lune parait.

LE PRLNCE.

Flambeau sacré, je t'adore, — ami fidèle et pur des sentiments élevés, — ô toi, qui dans mon âme — dissipe en douce rosée de larmes — les douleurs orageuses de l'amour. — Ah ! quelles divines jouissances tu m'apportes — dans le sanctuaire profond de la nuit, — et tu me ramènes, — vers l'asile secret où repose l'amour. — Ah ! pardonne ! mou cœur, hélas î — n'est pas toujours égal dans ses transports. — Pardonne-lui ce regard languissant jeté sur ta beauté, — pardonne-lui ce regard fugitif.

Se tournant vers le berceau.

Ici, habile mon idole, — dont le cœur tient mon cœur enchaîné! — Il bat, il tremble. — Ah! il appelle en palpitant l'heureux moment où le charme — va le ravir au delà des transports de la réalité. — Oh! cette jouissance, grands dieux, que vous m'avez donnée, — oh! celle jouissance, grands dieux, ne me l'arrachez pas!

Le berceau s'ouvre, on y voit une femme assise; elle doit être, pour la taille et l'habillement, parfaitement semblable à l'actrice qui plus lard représentera Uandandane.

LE PRINCE

« C'est elle, ô ciel, c'est elle! — Je me sens inondé de joie... Pose ta main sur ce cœur, — ma bien-aimée, ma douce amie! — loi créée uniquement pour moi, — que la sympathie m'a fait seule découvrir, — m'a l'ait choisir! — Dans cet accord parfait de nos cœurs, - je jouis d'un bonheur que les dieux seuls connaissent.

« Ah! je me sens en frémissant, — nager dans un ciel de délices! — Ah! ma vie s'arrête de joie, — l'haleine s'arrête dans ma poitrine, — Inondez-moi, félicités! — adoucisser ces brùlanis transports, — et que sur une vie pleine de charme — se répandent ces doux trésors de joie... »

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