I.E PF.INCE
Oui! c'e>t avec des grelots et des timbales qu'on jouit du malin ! — Je pars. — Adieu !
MEF.KCLO.
Griicienx seigneur!
LE PRINCE
Tu sais que mes résolutions sont aussi inébranlables que promptes.
IIERRULO à part.
Cela n'est que trop vrai !
LE PRINCE
Je vais trouver l'oracle! Qu'on garde ce sanctuaire avec le plus gr;ind soin, et empêche que, sous aucun prétexte, âme qui vive ne péiiètie en cette enceinte!
BIERKDLO.
lieposez-vous-en sur moi !
LE l'RLNCE,
Adieu.
il sort,
ACTK IV. 37!
ACTK QUATIUÈMK
PAI.AIS 1)'aNI)UAS(»\.
On site sauvage et tout hériss ' de roclucs tuor.iies. Dans le fo-.d, une c&vtrBC.
Li: VALKT DK CIIAMI3RH \)h LA liKLNE, iciuc>ent.ni Ascalapiius,
s'avance, el, après a\oir s;ilué, {H'ononce le prologue.
Messieurs et daines, s'il vous plaît, — sacliez que c'est ici rcmpire de Plulon. — Four moi, tel (|ue vous nie voyez, — je vous le dis d'avance, de [leui' qu'on ne rigiioii', — je me nonnne Ascalaphus, — et je >ui> en enfer jardinier de la cour.
La charge est ici-bas nouvelle; — l'Elysée jadis était à jiart, — et à psrt les fuouches demeures; — c'était chose convenue.
.Mais voilà qu'un lord, cliiz nous descendu, — trouve renTer pas du tout riant, — et une lady trouva trop beau rÉlys.ée. — On fit tant ([ne l'rlrange mode triompha, — et Pluton même conçut la haute idée — de tran^^iormer en un j arc son aniique domaine.
Aussitôt les Titans en t'oulc, — tous, y compris le vieu.v Si-yplie, — sans lelàche travaillant, creu-èient — maintes vaîlôes, et monta.unes avec peine — entassèrent. — Du fond dL■^ (lots brûlants, — l'Acliéiou dut donner — ses rochers éieineis ' — Avec le secouis de milliers de bras — on les plaça en quelque coin — exprès pour servir de point de vue. I*
Mais quel dommaize, hélas ! — les belles campagnes de l'Elysée; — voilà que sans mis'ricorde — on vous les retourne cruellement. — A l'oid.naire, c'est un plaisir de voir les pierres — disparaître de .son champ ; — mais ici ! à dix niille? à la ronde, — pas une lierre (jui ne soit céans, encore en ujauquons-nons! — La terre en est semée — partout oiî croissaient l'herle tendre — cl les aimables fleurs; — et pour-
212 LE TRIOMPHE DE lA SENSIBILITE
quoi? rien que pour la variété. — De verts bocages, une
fraîche prairie — sont aiijourd'liui choses usées et mcstjui-
nes. Nous voulons voir en notre paradis — figurer ronces
et chardons.
Il est vrai que nous arrachons des bocages sacrés — de l'Elysée les plus beaux arbres; — et puis à noire idée nous les plaçons — en quelque place vide de l'enfer, — autour de la niche de Cerbère, — qui se présente comme une chapelle.
Car, nota bene, dans un parc, — tout doit être idéal, — et sous une enveloppe riante, — il faut, saut voire respect-, enfermer le fumier. — Un toit à porcs derrière un temple — et une écuiie (vous m'entendez bien) — justement sous le dôme d'un Panthéon. — 11 suffit qu'à l'étranger qui s'y promène — chaque objet se présente bien ; — si tout lui semble beau jusqu'à Ihyperbole, — il en proclamera partout la beauté avec les trombones de l'hyperbole ; — quant au mailre de la maison, — il sait tout le premier ce que le rideau cache.
Comme je disais donc, nos arbres élyséens — disparaissent comme les songes élyséens — lorsqu'on veut les tiansplanter. — A tout cela je ne dis mot ; — car dans un parc tout est pour la parade, — Qu'un arbre se dessèche et se meure, — eh bien! disent-ils, vous le voyez, — combien l'art re^te en arrière de la nature. — Eh oui ! malheureusement. — Pour avoir un parc accompli — il ne nous manque presque plus rien;
— nous avons des coUines, des vallées, — un échantillon de toutes sortes de verdures, — allées tortueuses, cascades, étangs,
— pagodes, cavernes, prairies, rochers et précipices, — du réséda partout, et mille autres senteurs ; — des peupliers, des saules pleureurs, des ruines, — ermites dans les cavernes, bergers sur la prairie, — tours et mosquées avec des cabinets,
( — des lits de mousse fort incommodes, — des obélisques, des labyrinthes, des arcs de triomphe, des arcades, — huttes de pêcheurs, pavillons pour les bains, — grottes gothico-chinoises, kiosques et tentes, — monuments, temples mauresques — et tombeaux, bien qu'on n'enterre personne; — tout tela, pour l'ensemble, nous est indispensable