‹ ThéâtreChapitre 225 sur 238 · SOI! A · texte numérisé non relu

SOI! A

Doniioz; (-'(Si s.iiis doute (|iielqiie cliose de rRclancoliquc.

ANDI'.ASOiN.

Que le ciel v^us {irésuive, mes clières enfants, de jeter jamais les yeux sur tout ce futras ! donnez.

Il remet tous les livres dans le sac, avec le so.i, et le referme. M AN A.

Ce n'est pas bien de votre part de nous enlever ce plaisir. Nous aurioiis eu de quoi liie pendant plusieurs dectî> nuits, que nous passons sans dormir.

ANDHASON.

C'est pour votre bien, mes belles! vous ne le croyez [)as, mais c'est vraiment pour votre bien. — Allons, au l'eu tout le sac!

Attendez au moins que la princesse l'ait vu.

ANDIIASO.V.

Pas de miséricorde ! (Après une pau^e.) M.iis quel nouveau tiait de lumière vient m'écl.iirer dans la voie obscure de l'e.-pérauce? — J'y suis! j'y suis! les dieux ont pitié de moi. . .

sor.A.

Quelle inspiration vous vient tout à coup?

AJSDr.A>ON.

Écoutez-moi ! Nous ne jetterons pas ces livres au feu.

WANA.

J'en suis bien aise.

AKDHA^O^■.

Mais vous ne les aurez pas non plus.

SOKA.

Pourquoi?

AKDRASOrf.

Écoutez ce que l'oracle ajoutait :

La fiancée cousue sera unie à son amant; — alors le repos et la paix, ô mortel^ rentreront dans ta demeure.

Nul doute qu'il ne s'agisse de cette aimable (lancée ; mais

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poiii- l'imir à son ;iini;il)le prince, commfnl fcrons-iioiis? allons, je n'y veux pas iiiômc son;,'er; c'est l'îilTîiire des dieux; ni;iis il faiil d'.ihord la rajusler et recoudre la fiancée, Voilà (pii est clair, et cela nous regarde.

Il ronicl le sac h sa itlacc avec le secours dos jeunes filles. Tout .loil se passer avec la jilus j;i;iii(l(! (li-cf-ncn. ils raltacheMl le masqui; fl nin<'llent la |ioupéc coiMiiic elle clail d'abord.

SORA

Je ne comprends rien encore à tout cela, et ce cpii tue déplaît dans cet oracle, c'c<t (pi'il paile de choses si communes et en trrmes si bas.

ANDRASON.

Ma clière enfant, les choses communes renferment so iviMit un haut inlérèt, et je t'excuse de ne point saisir le sens ( aclié de l'oracle.

M AN A

Allons, ne sois pas si mystérieux, et explique-nous ce que cest.

AiNDRA5 0>i.

N'est-il pas évident, mes chères enfants, que ces livres renferment une espèce de talisman'? Ne possèdent-ils pas celte vertu magique qui retient le prince esclave aux pieds d un ridicule mannequin, pour lequel il a em|)runté l'image de la femme d'un lionnèle homme? Ne sentez-vous pas (pie si nous brCdions ces livres, le charme serait tout à coup rompu, et fju'il ne lui resterait plus de sou amante que le .souvenir d'un .songe issu de son esprit en délire? C'e^t un avertissement des dieux, et je les remeiciede ce que j'ai su les entendre. 0 toi, chère et charmante fiancée cousue, puissestu pos^éder le charme irrésistible de tous les songes trompeurs ! puissent ton cœur de papier, tes entmilles de toile, avoir la vertu d'atliier notre {)rince à de grands et tendres sentiments, comme autrefois les signes magiques, les tètes de morts, Itîs cierges bénits, les mandragores avaient la vertu d'attiier les esprits et les trésors! — Ce berceau était sans doute le temple de celte nymphe divine? Venez ! qu'il ne lui surive rien, que tout soit remis en ordie. et ne découvrons à

M8 LE TUIOMPHE DE LA SEKSIDILITÉ.

personne ce (|ne nous avons vu; nous sonnmes sûrs de l'as- 5;i>lance des iliuiix pour l'issue de celte affaire.

MAFIA.

Miiinlonanl qnc j'y songe, Andrason, je commence à trouver bien exlraordinaire qne Ui sois ici.

ANDRASON.

Et voilà comme la vue du merveilleux réveille le sentiment de tout ce qui païaîl l'êlre.

SORA

Comment se fait-il qne tu sois sitôt de retour ici, au milieu de la nuit?

ANDP.ASON.

Je vais vous le dire, chères enfanis, et vous conter mes peines. Eu partant d'ici, je retournai directement chez moi, et fis le trajet en assez peu de temps. Le désir de revoir ma maison et ma femme crois-ail à chaque pas; déjà je me croyais dans ses bras, et mon ardeur me payait largement de ma longue absence, lorsque, arrivé dans la courdn cliàleau, j'entendis tout à coup des niiigissements, des cris étouffés, des sons creux el lugubres; c'était un vacarme à faire croire que la chasse infernale avait fait irruption chez moi. Je monte; le bruit redouble; plus je m'approche, plus les voix paraissent intelligibles et rauques. Seulement j'entendais ma femme appeler et crier comme si elle élait devenue folle. Effrayé, je cours au salon ; je le trouve obscur comme une caverne, décoré en enfer, et ma femme qui me reçoit avec un transport de rage, me charge d épouvantables malédictions, me Irai te de Pluton, d'objet d 'horreur, et fuit enfin devant moi, me laissant là comme interdit et pélriiié, incapable de proférer une parole.

MANA

Mais, au nom du ciel, qn'avait-elle donc?

Quand on apporta des lumières, je vis que c'était un monodrame!

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