ACTE VI
ANDRASON.
Ciel et enfer ! je serai vengé, (il porte la main à son épée, Féria Tarrôle; il lui dit, à pari.) Laisse-moi; il le faut!
LE PRINCE
Ne l'emporte pas! mon épée est tranchante aussi. Sois calme, écoule la voix de la raison. Tu ne peux dire : C'est Jà ma femme; et pourtant c'est ta femme.
ANDRASON.
Je hais les énigmes! — (v pan, après une courte pause.) Mais quelle surprise! une nouvelle lumière se répand dans mon âme, et m'explique les dernières paroles de roracle. Serait-il possible? Bonté divine, venez à mon secours! — ^tiaut.) Pardonne, je m'aperçois que je te fais tort. Sans doute, un sortilège ou quelque force inconnue a jelé ici le trouble dans nos sens! Que ferais-je de deux femmes? je reconnais la volonté du ciel, et j'en crois ta parole. Je reprends celle-ci, mais je t'abandonne volontiers en échange celle que je possède en ce moment.
LE PRINCE
Gomment?
ANDRASON.
Qu'on l'apporte ici.
Des esclaves sortent LE PRINCE.
Dois-je être heureux encore après tant de maux?
ANDRASON.
Peut-être les dieux feront-ils ici un miracle pour nous satisfaire l'un et l'autre. P»egardons-Ies comme deux sœurs; chacun de nous doit en posséder une, et l'avoir exclusivement à lui seul.
LE PRINCE
Je' me meurs d'espérance. . .
ANDRASON.
Je le prends pour ma part, épouse toujours chérie!
Les Maures sortent la chaise du berceau et la placent du côte gauche, dans le
fond.
598 LE TKIOMriIE DE LA SENSir.ILlTÉ.
MA^DA^DA^E, -sur le point de jcler son manque et de s'élancci vers
Andrabon.
A^DRASO^ ne lui permet ni de se lever, ni d'ôter son masque.
Silonce, pclile poupée! silence, nu cliLiie! le moment décisif s'approche.
Les esclaves apportent le mannequin; le prince se précipite et tombe à «es
genoux.
LE PHI-NCE.
Ciel! c'est elle ! ciel ! c'est elle! Je me son- iiiofidé de joie!
^ place le mannequin de l'autro (d!é du ilicâtre, en lac <)e Mindaudane. 1) ^ut ici i|ue la re^^elllll!;lllce lassH encore qnilipi illusion au spectateur; «£st aussi à quoi l'on a dû vi>er dan» toute lu pièce.
ANDHASON.
Viens, etdomie-moi la main. One toute rivalité cesse entie nous, et je ieMon(e i( i solenncllenienl à celle autre Mandandane pour l'unnà jamai>âvec loi. (.1 unit leur» maiu:».) Sois heureux ! {\ part.) avec ta liancée cousue!
LE PRI^CE
Je ne sais plus où m'emporte Tivre-so de la joie C'est elle, je le sens à son aspect; c'est celle-ci (pii m'a si longtemps retenu captif, qui a fait si longtemps le hoiilieur dei ma vie. Oui, me voilà pongé de nouveau dans le torrent de délices qu'elle veise sur moi. (\ Mand;ind;ine.) Pardonne et sois heureuse ! (Lui nioninmt la poupée.) Voilà moii idole! c est elle quî sur son cœur lit nt mon cœur enchainé.
MA^DA^DAKE, jetant son manque, à 'ndrason.
Renouvelons noire alliance, — rends- moi ta main! -~ f*ardonne, SI j'ai si follement — méconim en toi l'époux fidèle.
LE PRINCE, au mannequin.
Tous le> biens que les dieux — ont iccoidés aux hommes — pour embelhr la vie, — j'en jouis piè- de toi.
MERKULO, à part.
Je ne dis pas ce que j'en pense! — Les murailles ici semblent nous moiilrer les cornes! — Le ciel et la lerie nors
ACTK VI. .'{00
ariublenl du bonnet d'une ! — Nous sommes irréparablement perdus !
MANDANDAISK à Amlrason.
Renouvelons noire :dli;uice, — donue-moi ta m.iin ! — Pardonne, si j'ai si rollemcnt — méconnu en lui l'époux fidèle.
LE PRINCE, an mannequin.
Tous les biens que le> dieux — oui accordés aux bommes — pour enib-dlir la vie, — jeu jouis pics de loi.
AKDliASON.
Si jamais oracle élraiige l'ut accompli à la lettre, c'est bien celui-ci, et tous mt s vœux sont rem[)lis, puistjue je te tiouve d.'ins mes bras. — Allons, sœur, enlants, amis! livrons-nous tous à la joie, jouissons de notre bonbeur; méditons en silence sur (etévénenunt merveilleux, et (s'avançnnt vers les spectateur») entre cejil iu^tl■uclions qu'il nous peut fournir, retenons bien celle-ci : c'est alors surtout qu'un sot se laisse prendre, quand ii s'imagine suivre un bon conseil ou obéir aux dieux
Cn grand ballet termine la pièee.
fl» m SIUOMPiU UB LA S»iS:UU-S.
JERY ET B^TELY