ADÉLAÏDE, UNE FILLE D'IIO>\NEUR
ADÉLAÏDE
Il est là, dis-tu? J'ai peine à le croire.
LA FILLE d'hO.WNEUR.
Si je ne l'avais vu de mes yeux, j'en douterais comme vous.
ADÉLAÏDE
L'évêque devrait le faire monter en or son Liebetraul; il a fait là un coup de maître.
LA FILLE d'h0>'NEDR.
Je l'ai vu comme il arrivait au château, monté sur un beau cheval blanc. A l'entrée du pont, le cheval eut peur et ne voulut pas aller plus loin. Le peuple accourait de tons côtés pour le voir, se félicitant de l'indocilité du cheval. Tout le monde le saluait, et il remerciait tout le monde avec aisance; sa tenue avait quelque chose de noble et de gracieux. Enfin, à force de caresses et de menaces, il est venu à bout de faire franchir lu porte à son cheval, et il e^t entré, «uivi de LiebetrauL et de plusieurs cavaliers.
' ADÉLAÏDE
Comment l'as-tu trouvé?
LA FILLE d'honneur.
Bien mieux que tous les hommes que j'ai vus ici. Tenez
(lui montrant le portrait de Maximilien), il ressemblait à l'empe- I. 5
50 GŒTZ DE nEULlCHINGEN.
rcur comme s'il était son fils : seulement le nez un peu |)liis jietit; du lesle, les mêmes yeux, d'un brun clair et d'uue expression douce; connue Jui, de beaux cheveux blonds et une taille faite au lour; et puis sur son visage une lé^'ère teinte de mélancolie..., je ne sais quoi... qui m'a ravie!
ADÉLAÏDE
Je suis imp;ilienle de le voir.
LA FILLE DIIOXNEUK.
Ce serait un bon mari [lOur vous.
ADÉLAÏDE
Folle!
LA FILLE d'honneur
Les enfants et les lous...
Enlre Liebelraut.
LIEDETRAUT.
Eh bien, madame, qu'ai-je mérilé?
ADÉLAÏDE
Des cornes de votre femme; car, à en juger sur ce que nous voyons, vous avez dû, par vos belles paroles, enlraîuer p!us d'une lois loin du devoir la femme de votre voisin.
LIEBETHADT.
Non, non, gracieuse dame! dites plutôt que je l'ai remise sur le chemin du devoir; air, eu pareil cas, c'est toujours, je vous jure, du lit de son mari que je l'ai entretenue.
Comment vous y êtes-vous pris pour nous le ramener?
LIEBETHAUT.
Vous savez trop bien comme on s'y pieud pour attraper les alouettes. Dois-je encore vous enseigner toutes mes ruses?... D'abord, je fis comme si je ne savais rien, comme si je ne me doutais pas de son aventure, et le mis par là dans la lâcheuse nécessité de me conter son histoire d'un bout à l'autre. Envisageant les choses tout autrement que hii, je faisais semblant de ne pas comprendre, de ne pas saisir, eta^iic^de suite. Bientôt j'en vins à lui parler de Bamberg : je réveillai de rieux souvenirs; et sou imaiiiual ion une fois montée, j'eus