‹ ThéâtreChapitre 57 sur 238 · LE CAPITAINE, UN CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE CAPITAINE, UN CHEVALIER

LE CHEVALIER

Combien sont-ils en tout?

LE CAPITAINE

Cent cinquante.

LE CHEVALIER

De quatre cents qu'ils étaient ! Voilà qui est grave. A présent, vite en marche sur .Ia.\tli;mseii, avant qu'il reprenne haleine et viennne à noire rencontre une seconde fois.

ACTK m. 9»

JAXTIiA UMin.

GŒTZ, ÉLISABETU, MAUIE, SICKINGtliN.

GŒTZ

Dieu vous bénisse! qu'il vous donne d'heureux jours, el prolonge la vie de vos enfants de toutes les années qu'il vousôtera.

ELISABETH

Qu'ils soient ce que vous êtes, d'iioiuièles gens, et alors qu'ils deviennent ce qu'ils voudront.

SICRINGEN.

Je vous remercie; et vous aussi, M;irie, je vous remercie. Je vous ai conduite à l'aulcl, vous me conduirez au bonheur.

MARIE

Oui, nous ferons ensemble un pèlerinage à cette terre promise et si peu connue.

uon voyage !

UARIE.

Tu m'entends mal ; nous ne vous quittons pas.

GŒTZ

Il le faut, ma sœur.

JIARIE.

Tu es bien cruel, mon frère.

GŒTZ

Et toi , plus tendre que prévoyante.

Entre George.

GEORGE, bas à Gœtz.

Je n'ai pu enrôler personne. Un seul avait d'abord montré quelque envie de venir, mais ensuite il s'est rétracté et n'a pas voulu me suivre.

GŒTZ

Bien, Géorgie. — La fortune commence à tourner contre moi. Au reste, je l'avais prévu, (iiaut.) Sickingen, je vous en prie, partez dès ce soir. °;ulez à Marie : elle est votre femme. Faites-le-lui sentir. Quand les femmes se mêlent de nos affaires, notre ennemi est plus en sûreté en pleine campagne qu'il ne le serait derrière ses tours.

Entre un cavalier.

W GŒTZ DE DEIIUCIIINGEN.

LE CAVALIER

Seigneur, l'enseigne impériale est déi)loyée; elle s'avance vers le château à ni.-irclic lorcôe.

Je leur ai foiielléle sang! Conjbieii sont-ils?

LE CAVALIER

A peu vvb< deux cinfs. Ils ne peuvent guère être à présent à plus de deux lieues d'ici.

GŒTZ

Sont-ils encore sur l'autre bord de la rivière?

LE CAVALIER

Oui, seigneur.

GŒTZ

Si j'aviiis seulement ciiiquanle hommes, ils ne la passeraient pas. ]V'iis-tu p;is vuLerse?

LE CAVALIER

Non, seigneur.

GŒTZ

Dis à tout le monde qu'on se tienne j)iêt. — Allons, mes chers amis, il faut nous séparer. Pleure, bonne Marie; un temps viendia oia tu seras joyeuse. Tn pleures le jour de tes noces, m;iis cela vaut mieux encore qu'une joie excessive qui serait I avant-coureur d'un avenir misérable. Adieu, Marie ; adieu, mon frère.

IIARIE.

Ma sœur, je ne puis vous quitter. Mon frère, mon cher frère, laisse-nous re.>ler! Tu estimes donc bien peu mon mari, puisque lu dédaignes son secours dans cette extrémité?

GŒTZ

Il est vrai que ma fortune est en mauvais chemin ; peutêtre suis-je près de ma chute; vous, vous qui commencez à vivre, sépaiez voire destinée de la mienne. Allez-vous-en; j'ai fait seller vos chevaux : parlez, point de retard.

UARIE.

Frère! mon frère!

KLISADr.Tll, à Si( Kingcn.

Allons, ne lui résistez pas divautnirc, jmrtoz.

AfiTi: m. 93

SlCKlNGEIf.

Clière Aicirie, parlons.

UAIUE.

Et toi aussi ? mon cœur va se briser.

GŒTZ

Eh bieu ! roste iloiic ! Sous peu d'heures mon chaieau sera cerné.

MAIilE.

Mon Dieu ! mon Dieu !

GŒTZ

Mais nous nous défendrons tant que nous pourrons.

MARIE

Mère de Dieu, ayez pitié de nous!

GŒTZ

A la fin il nous faudra mourir ou nous rendre ; et tes larmes auront entraîné dans ma ruine ton noble mari.

Tu me torlures !

GŒTZ

Reste, reste! nous serons pris ensemble. Sickingen, tu tomberas avec moi dans la fosse; j'espérais que tu pourrais m'en tirer.

MARIE

Il faut que nous partions, je le vois bien. Ma sœur ! ma sœurî

GŒTZ

Mettez-la en lieu de sûreté; puis, alors, souveiiez-vous de moi.

S1CKI>GEN.

Je n'entrerai pas dans son lit que je ne vous sache hors de danger.

GŒTZ

Ma sœur, ma chère sœur !

11 l'embrasse.

SICRINGEM.

Partons, partons.

CŒTZ.

Encore un moment! — Je vous reverrai; consolez-vous, nous nous reverrons, (sickingen et Marie soricnt.) Tout a 1 lieuie je la ure-sais de s'éloigner; 5 présent qu'elle pari, je voudrais la retenir. Elisabeth, tu restes près de moi?

Jusqu'à la mort!

oŒTZ.

Mon Dieu ! donne une femme comme elle à ceux que tu aimes!

Elle sort. — Entre George.

GEORGE

Ils sont près d'ici : je les ai vus du haut de la tour ; le soleil levant fait étinceler leurs piques. En \e> voyant, je n'étais pas plus en peine qu'un chat devant une armée de souris. Il est vrai que nous jouons les rats.

GŒTZ

Voyez à verrouiller les portes, et barricadez-les en dedans avec des poutres et de grosses pierres. (Geo-ce sort.) Mettons leur ])atieiice à bout, et que toute leur bravoure aboutisse à se mordre les doigts (Bruit de trompette au dehors.) Ah ! ah ! voici un coquin en habit rouge (jni vient savoir si nous voulons être des lâches, (ii ouvre la fenôirc.) Qu'y a-t-il?

On etilend pr.*ler dans le lointain.

GŒTZ, à lui-même.

Une cravate de chanvre autour du cou !

Le itompelle continue de parler.

GŒTZ

Coupable de lèse-majesté! C'est un moine qui a rédigé cette souimutiou.

Le trompette cesse de parler.

GŒTZ répond.

Me rendre! A discrétion! A qui parlez-vous? Suis-je un brigand? Dis à ton maître qu'à l'égard de Sa Majesté Impériale je n'ai j.miais cessé et ne cesserai jamais de lui porter le respect que je lui dois; mais pour lui, dis-lui bien qu'il peut me...

Il ferme brusquement la fenêtre.

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