UNE SALLE
LERSE, tenant un moule à balles; un SoLDAT apportant du charbon.
LERSE
Pose ici ce cliarbon, et tâ( lie de te procurer <lu plomb daji» la maison. En allendant, je vais m'emparer de ceci (ii enlève
une fenêtre et eu casse les vitres.) 11 fa lit que lout serve. Ainsi
^a le monde : personne ne sait ce qu'on pourra faire un jour des choses. L'ouvrier qm a posé te vilrage ne pensait assurément pas que le plomb pourrait causer un violent mal de tête à l'un de ses neveux; et quand mon père m'engendra, au diable s'il ^e demanda qui, des oiseaux du ciel ou des vers de la terre, mangerait ma chair 1
Entre George, une gouttière sur les bras. GEORGE.
Voici du plomb. Si seulement la moitié porte, il n'en échappera pas un seul qui puisse aller dire à Sa Majesté : Sire, nous nous en sommes mal tirés.
LERSE en coupe une partie.
En voici un bon morceau.
La pluie peut bien se frayer un autre chemin, je n'en suis pas eu peine : un bon cavalier et une bonne pluie se font jour partout.
LERSE, versant du plomb dans le moule.
Tiens la cuiller, (ii met la tête à la fenêtre.) Voilà un de ces impériaux qui rôde autour des murs, son arquebuse sur l'épaule. Ils s'imagiu'^nt que nos munitions sont épuiséeSc II va tâter de la balle toute chaude, au sortir du poêlon.
Il charge son fusil.
GEORGE pose à terre la cuiller.
Laisse-moi voir.
LERSE tire.
Il est à bas, le moineau.
GEORGE
C'est le même (jui vient de tirer sur moi tout à l'heure (ils se remettent à foudre), comme je sortais par la lucarne pour
ACTL III. 97
(li'bclier cette gouttière : il a ntleiiit près de moi un pigeon i|iii est tout justiiuent tombé dans ma gontlière. Je l'ai renieicié du rôti, et je suis rentré cliargé d'un double butin.
LEIiSE.
Main tenant que nous avons de quoi charger, parcourons le cliàleaii pour gagner notre dîner.
Entre Gati.
GŒTZ
Reste, Lerse, j'ai à te parler. Toi, George, je ne veux pas l'interrompre dans ta chasse. (George sort.) Ils m'ofiVent une composition.
LERSE
Je vais les trouver pour sivoir de quoi il s*agil.
GŒTZ
le le sais d'avance : ce sera de me rendie, à conditions, d.uis une prison de chevalier.
LERSE
S'ils nous accordaient la libre sortie, puisque vous n'attendez aiiLun secours de Sickini^en? nous cachei'ious si bien l'or et largent, qu'il n'y aurait au monde baguette de magicien capable de les faire trouver. Nous leur laisserions le château, et nous en sortirions au moins avec honneur.
GŒTZ
Us ne nous accorderont pas cela.
LERSE
On peut essayer. Demandons un sauf-conduit, et je sorinai.
Ils sortent.
UNE SâLLE.
GŒTZ, ELISABETH, GEORGE; Soldats à table.
GŒTZ
Le danger nous rassemble! Régalez- vous, mes amis! n'oubliez pas surtout de boire . . La bouteille est vide ; encore une, ma chère femme. (Elisabeth hausse les épaules.) N'y en a-t-il plus?
98 GŒTZ DE D ERLICIIINGEN.
ELISABETH, bas.
Plus qu'une ; je l'ai mi>e à pari pour toi.
GŒTZ
Non, non, ma chère; lire-la pour eux : ils ont plus besoin i!e slimulaut (pie moi ; c'esl ma cuise.
ELISABETH
Allez la chcrclier dans le hiiiret.
f.ŒTZ.
C'est la tleriiicre, et quelque chose me dit que nous n'avons |.lus besoin d'économiser. De longiemps je ne me suis senti [•lus gai. (11 verse à boire.) Vive l'empereur!
TOUS
Vive l'empereur!
GŒTZ
Que ce soit là notre avant-dernier cri quand nous mourrons! Je l'aime, car nous avons tous deux même sort, si ce n'est que je suis encore plus heureux que lui. 11 faut qu'il s'amuse à prendre des souris pour les Etals de l'Empire, pendant que les rats dévorent ses possessions. Je sais que bien souvent il aimerail mieux mourir que d'élre plus longtemps l'àme d'un corps ainsi mutilé, (il verse à boire.) Il en reste encore justement pour un lour de lable. — Et quand noire s;mg commencera à se ralentir dans nos veines, comme le vin de cette bouteille, qui coule d'iibord faiblement et finit par tomber goutte à goutte (il verse le fond dans son verre), quci Sera nolre dernier • cri?
GEORGE
Vive la liberté!
Vive la liberté!
Vive la liberté!
TOUS
GŒTZ
Et si elle nous survit, nous pouvons mourir en paix; car nous voyons dans l'avenir tous nos descendants heureux et les empereurs (le nos descendants heureux au>si. Si tous les vassaux servaient leurs princes noblement et librement comme