ACTE IV
Vous m'avez lâchement, hier, répudiée !
CLAUDE
Ah ! j e t'aime pourtant beaucoup ! . . .
VALÉRIA
Et sans remord Vous avez, malheureux, hier, signé ma mort!
CLAUDE
Ah?
VALÉRIA, lui montrant l'acte de divorce. Reconnaissez-vous cette œuvre de la fraude? Voyez ! c'est le divorce et la mort, — signé : Claude ! Je maintiens cet arrêt, je suis morte pour vous: Ceci met le divorce et la tombe entre nous !
CLAUDE'
Je ne me souviens pas!...
VALÉRIA
Claude! laissez-moi dire :
Ma bouche ne veut pas encore vous maudire. Depuis qu'on m'a liée à vous, — depuis dix ans. Je vis, le front courbé sous mes chagrins pesants. Pourtant, fidèle épouse, irréprochable mère. J'instruisais votre fils au respect de son père : Claude! c'était possible alors.
CLAUDE
Et ce n'est plus Possible?
VALÉRIA
La mesure est comblée : au surplus,
i5o VALERIA.
Ce n'est pas un grand tort que je pense vous faire. Je rends Claude au métier de savant qu'il préfère : Parmi ses cuisiniers, qu'il soit maître et seigneur. Remerciez-moi donc, Claude, c'est le bonheur!
CLAUDE
Me spolier ainsi, madame. — c'est injuste!
De quel droit m'ôtez-vous l'héritage d'Auguste?
De quel droit laisserais-je assassiner mon fils, Que vous n'avez pas su défendre? Je vous dis Que Rome devenait quelque chose d'immonde, Et que je veux sauver mon fils, Rome^ et le monde!
CLAUDE
Le Sénat m'a nommé le père des Romains, La lumière du peuple et l'amour des humains. Je suis le bienfaiteur du monde!...
VALÉRL\.
Non, VOUS dis-jeî Non ! Vous êtes cet homme effrayant, ce prodige, Qui, sur un lac, devant cinq cent mille témoins, Un jour que les lions le divertissaient moins, Fit jeter pêle-mêle aux ennuis populaires Dix-neuf mille captifs, sur vingt-quatre galères! Je crois les voir encore, ennemis de hasard, Lorsque avant de mourir ils saluaient César : Ils vous demandaient grâce, inoffensive armée, Pleurant au souvenir de la patrie aimée! — Non, répondit César, combattez sous mes yeux!