ACTE IV. . 3G
Combien de noirs secrets sous le trône enfouis!
Une tradition qui remonte aux vieux âges,
Un usage barbare entre tous les usages.
Mystérieux, fatal, a passé jusqu'à moi.
Si deux princes jumeaux naissent, Tun d'eux est roi ;
L'autre, pour éviter un conflit d'héritage
Qui pourrait du royaume amener le partage.
L'autre doit ignorer sa naissance à jamais
Et disparaître...
LE DAUPHIN , avec anxiété.
Il a disparu?
LE ROI, douloureusement.
Je l'aimais!...
Comme vous. Dieu le sait, lui qui voit dans mon âme!... Et je foulais aux pieds cette coutume infâme. Mais le sombre vieillard, tout à coup pâlissant : M Malheur! malheur! le ciel a des taches de sang! » Puis, clouant sur vous deux son regard de vipère : {( Tu vois bien ces enfants? L'un d'eux tuera son père!... « Le voici. Tremble! »
LE DAUPHIN
Alors?
LE ROI
Je pris, lâche et cruel, Cette voix de l'Enfer pour une voix du Ciel! J'obéis... je forçai la nature à se taire. — Louis, ne vengez pas votre malheureux frère!
LE DAUPHIN, avec une joie sombre.
Il est mort?
LE ROL
Plaignez-moi ! c'est Dieu seul qui maudit.
LE DAUPHIN
Mais ce frère?. .
LE ROI
Oubliez ce que je vous ai dit !
LE DAUPHIN
Oublier, Sire^... Un frère!
LE ROI
Oh ! par pitié!
LE DAUPHIN
Par grâce!
Avec une rage sourde et croissante. i
S'il n'est pas mort... OÙ donc est-il?... Que je l'embrasse!
LE ROI
Plus un mot! plus un mot!... si vous m'aimez... Adieu î Je souffre... j'ai besoin d'être seul avec Dieu. A demain... Vous partez, je pense, dès l'aurore?
LE DAUPHIN
Oui, Sire.
LE ROI, l'embrasiant avec une tendresse douloureus
Nous pourrons nous embrasser encore.
Adieu!... — Je serai là, mon fils, pour vous bénir.
II rentre dans ses appartements.