ACTE III
VALÉRIA, ave- dédain.
Allons! — J'ai fait nommer Silius commandant
De la flotte rangée aux côtes d'Occident,
Afin qu'il pût tromper la main que je soupçonne
Et n'eût à recevoir les ordres de personne.
Si par crime — si par malheur — si par hasard —
Il venait à mourir, — moi, femme de César,
J'en atteste les dieux punisseurs du parjure :
Vous serez mort une heure après lui! Je le jure !
Régnez sur l'empereur, soit; — détruisez Pallas,
J'y consens! — mes amis, vous n'y toucherez pas!
NARCISSE
Eh bien, vous me charmez avec cette franchise.
Je VOUS imiterai. — Vous savez où je vise.
Mais si j'ai travaillé pour un tel résultat,
Est-ce que je voudrais que mon oeuvre avortât ?
L^autre soir une embûche était pour vous dressée;
Je vous en fis sortir par miracle. Insensée!
Déjà vous retombez dans un plus mauvais pas.
Cette fois le miracle, on ne le ferait pas!
Aussi, pour notre bien, j'ai décidé, madam'e,
Que vous n'aurez jamais d'amant! — non, sur mon âme! —
Je ne souffrirai point de maître!... Silius
Nous dominerait tous : vous ne le verrez plus.
VALÉRIA
Vous croyez?
NARCISSE
. J'en suis sûr. — Plus tard, bientôt, j'espère,
I20 VALERIA
Vous m'en remercîrez, le fils comme la mère ; Je ne vous parle pas de Claude...
Quoi ! vraiment, Vous n'exigerez pas de ma bouche un serment?
NARCISSE
Non, — vous y manqueriez, madame, et cela coûte, Cela vous causerait quelques remords, sans doute. Restez à Rome.
VALÉRIA
Adieu, Narcisse.
NARCISSE
Valéria!...
VALÉRIA
Je serai dans une heure en chemin pour Baïa !
NARCISSE
C'est votre dernier mot ?
VALÉRIA
C'est le dernier.
Courage !
NARCISSE, à part.
Partez : vous n'êtes pas au terme du voyage !