‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 10 sur 211 · ACTE I. M · texte numérisé non relu

ACTE I. M

La Peste, ravageant notre antique cité, Dépeuple la maison de Cadmus !... et l'Erèbe S'enrichit des sanglots et des larmes de Thèbe ! — Au seuil de ton palais, nous tous, jeunes et vieux, Nous ne t'implorons pas comme l'égal des dieux, Mais comme le mortel qui seul, aux jours funestes, Peut vaincre et détourner les colères célestes ! — Quand le Sphinx nous dictait son effroyable loi, — La ville de Cadmus, qui l'affranchit? C'est toi ! Sans nul secours humain. — Aussi chacun répète Qu'avec l'aide des dieux tu sauvas notre tête! Et maintenant encor, tremblants à tes genoux, Œdipe, ô notre espoir! sauve-nous, sauve-nous :

* Soit qu'au fond de ton cœur parle un dieu tutélaire,

* Soit qu'un homme prudent te conseille et t'éclaire !

* Souvent l'expérience a vaincu le malheur. —

* Viens donc, ô le plus grand des hommes, le meilleur!

* Relève cette ville en deuil, et considère

* Qu'elle t'a proclamé libérateur et père!

* Sauvés par toi, faut-il un jour nous rappeler

* Que dans l'abîme encor tu nous laissas rouler?... Soutiens l'Etat penchant, rends-nous les dieux propices ; Naguères ce fut toi, qui, sous d'heureux auspices, Relevas nos destins..... sois encor notre appui.

Car si tu dois régner demain comme aujourd'hui, Cette contrée en proie à la déesse avide, Mieux vaut la gouverner pleine d'hommes que vide !... Qu'est-ce donc qu'un rempart sans soldats? Sur les flots Qu'est-ce donc qu'un navire errant sans matelots?

ŒDIPE

O malheureux enfants, croyez-vous que j'ignore Vos larmes?., et pourquoi votre bouche m'implore? Vous souffrez tous, hélas! je le sais^ je le vois; Mais je souffre encor plus que vous tous à la fois ! Chacun de vous ne sent, dans la douleur commune, Que sa propre douleur !.. Quelle est mon infortune ! Moi je pleure sur Thèbe, et sur vous, et sur moi. — Vos cris plaintifs n'ont point éveillé votre roi; Mes yeux avaient déjà versé beaucoup de larmes; Je flottais, égaré dans mes sombres alarmes!.. Enfin, après avoir bien longtemps médité. Ne trouvant qu'un remède, un seul, je l'ai tenté : Mon beau-frère Créon, le fils de Ménécée, A Delphes, qu'Apollon remplit de sa pensée. Est allé consulter l'oracle, pour savoir Quel remède à vos maux, et quel est mon devoir. — - Je compte les moments. Ce fidèle émissaire M'afflige!... il tarde plus que le temps nécessaire. Mais je serais coupable, au retour de Créon, Si je n'exécutais les ordres d'Apollon.

LE PRÊTRE DE JUPITER

Tu parles à propos. Voici que l'on m'annonce Créon, nous apportant la divine réponse.

ŒDIPE

Fais qu'elle nous ramène, ô Phébus, roi des cieux. Le bonheur, que je vois rayonner dans ses yeux !

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