SCÈNE IL Les MÊMES, CRÉON
ŒDIPE
Nous allons tout savoir. Il approche, il m'entend. — O fils de Ménécée, ô frère que j'attend. Dis-nous quelle réponse Apollon nous envoie ?
CRÉON
Tu peux t'en réjouir; cardans la sombre voie
Si nous marchons, guidés par l'oracle, — nos maux
Se changeront en biens.
ŒDIPE
Quel langage ? ces mots Ne m'inspirent ni crainte encor, ni confiance.
CRÉON
O roi, désires-tu m'entendre en leur présence? Je suis prêt à parler. Sinon, viens au palais.
ŒDIPE
Parle en face de tous, et parle sans délais.
Ma vie à moi n'est rien ; leur danger seul me touche.
CRÉON
Les paroles du dieu vont sortir de ma bouche. I. a
Voici ce qu'Apollon souverain nous prescrit : « Purgez le sol thébain du monstre qu'il nourrit ! « L'incurable fléau demande qu'on l'expie. ))
Quelle expiation?
' CRÉON
(( Il faut chasser l'impie, (( Et que le meurtre soit par le meurtre lavé. (( C'est du sang qui déborde^ et rougit le pavé ! »
ŒDIPE
De quel meurtre le dieu parle-t-il ? de quel homme ?
CRÉON
O prince, il fut un roi — c'est Laïus qu'on le nomme — Qui jadis gouvernait cette ville avant toi.
ŒDIPE
On me l'a dit. Mes yeux n'ont jamais vu ce roi,
CRÉON
Il fut tué 1 Le dieu, sur les auteurs du crime, Nous enjoint clairement de venger la victime.
ŒDIPE
Mais où sont-ils? — Comment suivre dans le passé D'un crime ancien déjà le vestige eff'acé ?
CRÉON
Ils sont ici, le dieu l'affirme, — ici, te dis-je :
Ce qu'on cherche on le trouve; on perd ce qu'on néglige!