‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 118 sur 211 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Je vois que, chaque jour, dans une route oblique Ton bras ambitieux pousse la république! Je vois que, ne pouvant, Rome, te secourir, Caton pour rester libre a bien fait de mourir !

CÉSAR

Oh ! le pauvre insensé, qui vient au couchant sombre

Demander la lumière, et qui marche vers l'ombre ;

Et qui se croit, rêvant les antiques vertus,

Au siècle des Camille et des Cincinnatus !

Oui, leur siècle était grand, peut-être regrettable ;

Oui, la simplicité des habits, de la table.

Cette orge qui bouillait sur le plat des Toscans,

Ce peu qu'on avait d'or qui reluisait aux camps,

Annibal sous nos murs plantant sa javeline,

Et nos guerriers debout sur la porte Colline,

Voilà qui défendait au vice d'approcher :

Mais le Nil dans le Tibre est venu s'épancher!...

Et For asiatique, aux mains sacerdotales,

A remplacé l'argile étrusque des Vestales!

Et le luxe, fondant sur nous comme un vautour ,

Venge les nations, et nous dompte à son tour! —

La Rome des consuls et de la république

A brisé dès longtemps sa ceinture italique ;

Rome a conquis la Grèce, et Carthage, et le Pont ;

Rome a conquis l'Espagne et les Gaules! — Répond,

Toi qui ne veux pas voir, comme une mer de lave.

Monter incessamment vers nous le monde esclave !

Cette ville aux sept monts qu'un dieu même créa.

Est-ce toujours la fille et d'Albe et de Rhéa,

La matrone sévère, ou bien la courtisane? Ville de Mithridate et d'Ariobarzane, Ville de Ptolémée et ville de Juba, Rome est un composé de tout ce qui tomba ! Rome, c'est l'univers... et sa débauche accuse Marseille, Alexandrie, Athènes, Syracuse, Et Rhode et Sybaris, fécondes en malheurs , Et Tarente lascive, au front chargé de fleurs !

BRUTUS

Puisque tu vois les maux qu'un luxe impur amène. Rends-nous, César, rends-nous la pauvreté romaine ; N'ouvre plus le sénat à tous ces affranchis Qui dans nos murs sacrés vinrent, les pieds blanchis ! Lorsque du monde entier Rome est la concubine. Moi, tout enfant, nourri de l'olive sabine. Je suis triste et honteux d'avoir au ciel latin, En naissant, respiré l'air du mont Aventin !

Pour se régénérer parmi les races fortes,

Il faut qu'au monde Rome ouvre toutes ses portes !

Cette Rome d'ailleurs, dont je guide l'essor,

N'est plus celle du vieux Papirius Cursor :

Avec plus de sagesse et plus d'intelligence,

La Rome de César a bien plus d'exigence I . . .

Ce grand feu qu'alluma l'esclave Spartacus,

La popularité de ces nobles Gracchus,

Catilina qui veut du monde faire un gouffre,

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