‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 119 sur 211 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Prouvent qu'il faut guérir rhumanité qui souffre ! Eh bien! ou je m'abuse, ou l'oracle est certain : César est le mortel choisi par le destin, Brutus, pour maintenir dans un juste équilibre Les droits de la noblesse et ceux d'un peuple libre. Aux volontés des dieux César croit obéir : S'il s'égare, pardonne, au lieu de le haïr!

BRUTUS

Moi te haïr! Crois-tu que j'aie en ma poitrine Un de ces cœurs jaloux que ta gloire chagrine ; Qui voudraient plutôt voir l'empire des Romains ^Détruit par l'étranger que sauvé partes mains? Non ! — la guerre, en des temps sombres comme les nôtres, Fut moins dure avec toi que la paix avec d'autres ; Et Rome, qui toujours saigne, une plaie au sein, Ne pourrait se choisir un plus doux médecin !... Mais ces dieux immortels qu'ici ta bouche nomme. S'ils firent pour toi plus qu'ils ne font pour un homme. Verrais-tu leur faveur dans Pharsale ou Munda, Ces deux chênes sacrés que ton glaive émonda ? Trop souvent le courroux des dieux frappant nos villes, Désigne le vainqueur dans les guerres civiles ! Oh ! ne confonds jamais, enflé de tes exploits. Ce Vercingétorix, chef des peuples gaulois, Pharnace qui frissonne au vent de ton épée, Et Juba le Numide, avec le grand Pompée ! Car le monde a pu voir. Pompée ayant vécu, Les dieux pour le vainqueur, Caton pour le vaincu I

CÉSAR

Tu parles de Caton! Est-ce que je l'outrage? Non. J'admire et je plains ce héros d'un autre âge; Et j'aurais volontiers, moi peu stoïcien, Pris le sang de mon cœur pour ranimer le sien!... Mais j'ai pensé toujours que cette âme énergique N'était que vertueuse, et manquait de logique. Caton pour quelques-uns voulait la liberté : Moi je la veux pour tous!... je suis l'Humanité!

BRUTUS

Caton, c'était la loi!

CÉSAR

La loi du monde antique :

Elle est morte avec lui dans les remparts d'Utiqueî Et si Brutus est gendre et neveu de Caton, Il a trempé sa lèvre aux sources de Platon. Brutus, ce noble esprit, cette âme douce et grave, Où du maître immorte] la parole se grave, Doit comprendre aujourd'hui que le temps est venu De jeter un manteau sur l'homme pauvre et nu! On voit trop de haillons mêlés aux laticlaves !... L'antique liberté n'a fait que des esclaves !

BRUTUS

Au bandeau des Tarquins tu n'as pas renoncé!

L'homme de l'avenir ne veut rien du passé, Du passé, chose morte, et qui n'est à personne.

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