ACTE I
Pas même à Jupiter! — Voyons, ami, raisonne :
Oh! non, je ne tiens pas à ce titre de roi;
Mais ce que dit l'oracle universel, j'y croi !
Tu le sais bien, ce titre est nécessaire à l'homme
Par qui s'accompliront les grands destins de Rome ;
Et, pour fonder l'État qui ne doit pas finir,
L'âge qui s'ouvre attend le roi de l'avenir!
Or, quand j'affirme ici d'une voix prophétique
Qu'un roi seul peut dompter la horde asiatique,
Comme fait la prêtresse au mont Capitolin,
Je déroule un feuillet du livre sibyllin!
On dit que, profanant sa main pontificale,
Chaque jour, à plaisir, Julius intercale
Une prédiction aux volumes divins.
Mais laissons le mensonge et tous les propos vains
Aux calomniateurs que notre gloire eff"ace !
Quand César et Brutus se parlent face à face.
Les dieux prêtent l'oreille, et se penchent sur eux
Qui vont faire le monde heureux ou malheureux!
La gloire de César est-elle si vulgaire
Qu'il faille l'illustrer d'une nouvelle guerre?
Et devons-nous couvrir sans cesse, ô dieux cléments,
Ces vastes régions de nouveaux ossements?
Au fond de ses déserts laisse un peuple barbare :
Te gêne-t-il? Quelle est la route qu'il te barre? —
Il t'a fallu dix ans pour dompter les Gaulois;
Dix ans pour revenir plus fort contre les lois!
N'es-tu donc point dans Rome assez puissant encore? Et quand tu vas soumettre Orodès et Pacore, Est-ce pour mieux nous vaincre et nous assujettir? Le joug, trop lourd déjà, doit-il s'appesantir?
CÉSAR
D'un si pauvre dessein, quoi! Brutus me soupçonne?
BRUTUS
Oui; car tu ne feras jamais croire à personne
Que César, le vainqueur des Gaulois, des Germains,
Prenant au sérieux tous ces jeunes Romains
Qui font la guerre au Parthe en buvant du Massique,
Aille venger Crassus jusqu'au golfe Persique.
Dans ce pays farouche où l'orgueil l'entraîna.
Que sa tête demeure aux mains de Suréna :
Ce lugubre trophée abaisse-t-il, en somme,
La gloire de César et la grandeur de Rome?
CÉSAR
Tu dis vrai. Cette guerre est un prétexte ici ;
La véritable cause, écoute, la voici :
Conduisant Brutus vers une table où il déroule une carte géographique.
Je puis la dire à toi, dont le génie est ferme. Dont l'âme vigoureuse à la crainte se ferme. As-tu parfois, pensif et le cœur soucieux. Sur la carte du monde, ami, jeté les yeux? As-tu suivi du doigt, surtout de la pensée, Cette ligne qu'avec leurs glaives ont tracée,