‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 129 sur 211 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

BRUTUS. seul.

Il s'assied, pensif, devant la table où se trouvent le livre et l'épée.

D'une voix qu'aujourd'hui le reproche accentue, Pour me déterminer tout parle, homme et statue ! Et j'entends murmurer, comme font les remords, La bouche des vivants et la bouche des morts ! C'est le même langage, en tous lieux, à toute heure, La même obsession... oui, toujours :

(( Rome pleure !

« Dans Rome tout est mort, et courage et vertus ! — « Ah! si Brutus vivait! — Non, tu n'es pas Brutus! » Faut-il que sans repos cette voix retentisse? Encore ce matin, en rendant la justice. Au Forum, sur mon siège auguste de préteur. J'ai trouvé ce billet... non, cet accusateur ! — Platon... bouche divine, où la sagesse abonde Comme le miel aux flancs de la ruche profonde, Echo religieux de l'antique vertu, Grave et doux conseiller... parle aussi. Que dis-tu?

Il lit.

(t Souvent le droit chemin se courbe en route oblique; (( Souvent le protecteur de la chose publique, u Quand il est le plus fort veut être le plus grand, (( Et le sauveur d'un peuple en devient le tyran, u Sa marche, la voici : pendant l'ouragan sombre, a II crie aux passagers que le navire sombre;

« Et, redoublant ainsi l'universel effroi,

{( Il prend le gouvernail, se fait pilote... et roi! »

Oui, comme toi. César ! — Lorsqu'à peine nos villes

Respiraient, au sortir des tempêtes civiles;

Quand, sous la cendre tiède encore, un seul charbon

Pouvait être Sylla, Marins ou Carbon,

De frayeur en frayeur, la folle multitude

A tes genoux sacrés tomba de lassitude;

Et, seul maître aujourd'hui, nos lois tu les enfreins,

A ton ambition tu lâches tous les freins ;

Car, usurpant des rois la couronne et la stole,

Tu veux, le sceptre en main, t'asseoir au Capitole! —

Mais je t'écoute, parle, oracle aux lèvres d'or!

Il lit.

« Ce qui fait le tyran plus dangereux encor, « C'est que, pour affermir sa couronne usurpée, (( Dans son manteau de pourpre il cache son épée, (( Et pendant quelques jours, souriant et flatteur, (( Marche seul et sans garde, en pacificateur; « C'est que, facile à tous et fécond en promesse, (( Son langage est plus doux que les flots du Permesse; « C'est qu'il a des accents mélodieux, des mots (( Qui vont au cœur du peuple et tempèrent ses maux. » Toujours César! ainsi je le vois se conduire. Aujourd'hui n'a-t-il pas tenté de me séduire, Lorsque, prêt à jeter au monde ses défis. Il me disait : Brutus! comme il eût dit : Mon fils ! Lisons :

(( Fléau du riche, entre les prolétaires,

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