‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 143 sur 211 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

BRUTUS, seul.

Sa voix s'attendrissait, ma mère, en te nommant. Pourquoi ton nom sacré dans un pareil moment? Et pourquoi d'un secret, que tu voulus me taire, Seul aujourd'hui César est-il dépositaire ? César ! lui confident de la sœur de Caton... Ombres d'Harmodius et d'Aristogiton, Affermissez mon cœur!... Cette page inconnue. Venant de toi, ma mère, elle est la bienvenue!

Tl baise la lettre.

Qu'elle brille, clarté céleste ou noir flambeau, — Salut, ô messagère auguste du tombeau!... Salut, toi qui m'emplis d'une sainte épouvante! .. Salut!

Au morne it d'ojvrir la lettre, il hésite. Hélas! tu sais si je t'aimais !.... Vivante,

Tu m'as vu sur la terre, avec docilité, M'incliner, fils pieux, devant ta volonté ; Morte, couchée au fond du sépulcre insensible. Ne me demande pas une chose impossible !... Car, désobéissant à l'ordre maternel, J'aurais dans ma poitrine un remords éternel! — Courage, allons, Brutus !

Il déplie la lettre, et jette les yeux dessus.

Mon père! il est mon père!

Il laisse tomber la lettre.

Non, j'ai mal lu... Mensonge... illusion... j'espèrel

Il ramasse la lettre, et se rapproche de la lampe. Après avoir relu :

Ainsi donc ces rumeurs que m'apportait le vent,

Ces mots à mon approche interrompus souvent,

Conversation vague, obscure et mal suivie.

Que si longtemps je crus étrangère à ma vie,

Tout cela voulait dire alors, confusément:

La mère de Brutus eut César pour amant !

Il est mon père!... Oh ! tout devient compréhensible :

Cet ineffable amour, cette force invincible

Qui vers lui, dans ses bras, m'a toujours emporté;

Ces luttes de mon cœur contre ma volonté,

O César! et devant ta splendeur éternelle

Cet éblouissement de ma faible prunelle !

Oui, César est mon père, et j'allais... Malheureux !

Ces quatre mots : // est mon père, — c'est affreux !

La blessure qu'ils font dans mon âme est profonde !

Mais en quoi changent-ils l'équilibre du monde?

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