‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 155 sur 211 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Approche-t-on? il fuit, disparu dans les airs.

CLÉOPATRE

Quoi ! César n'a donc point, malgré la date ancienne, Perdu ton souvenir, ô terre égyptienne?

CÉSAR

Non, par les doux flambeaux des mystères d'Isis î L'Egypte est le pays des fraîches oasis. Belle reine, et j'y pense encore avec envie ; Car c'est une oasis au milieu de ma vie!

CLÉOPATRE, à Antoine.

Si l'Egypte vous plaît, je tiens à le savoir.

ANTOINE

Oui; mais c'est avec vous que je voudrais la voir !

CLÉOPATRE, lui tendant la main.

Qui sait? Peut-être un jour la ville d'Alexandre A ses pieds de granit pourra nous voir descendre. Vantez Rome et le Tibre, orgueil des champs latins ; Vantez l'azur profond des cieux napolitains !... Tout cela ne vaut point ma noble Alexandrie, Qu'un fleuve amoureux presse avec idolâtrie ; Mon lac immense et pur, dont l'aile du zéphir Ose à peine effleurer le tranquille saphir. Où brillent comme au ciel des millions d'étoiles Que la nuit d'Orient brode à ses riches voiles ! Je ne vous parle pas de ces Nécropolis Où quatorze mille ans dorment ensevelis;

De ces grandes cités, plus sombres que l'Érèbe; Des énormes débris de Memphis et de Thèbe, Sur qui roule, étendu par le souffle des vents, Le sable, épais linceul aux plis toujours mouvants. Des mornes Pharaons que m'importe la cendre ? Ce que j'aime, c'est toi, beau rêve d'Alexandre! Toi que sa main bâtit de marbre oriental, Pour faire à son colosse un digne piédestal; Toi, ville de l'amour, jeune sœur de Canope, Toi que jalousent Rome, Athène et Parthénope! — César, vous qu'un instant mon palais abrita, Racontez-leur ces nuits sereines du Delta : Combien de fois tous deux, rêveurs, nous égarâmes Sur le Nil, où plongeaient d'harmonieuses rames, Notre barque aux flancs d'or, au gouvernail d'argent, Que des voiles de soie au doux reflet changeant, Comme un oiseau de pourpre, un beau phénicoptère, Emportaient, rayonnant dans l'ombre et le mystère! Ah ! que d'autres. César, boivent à l'avenir! Nous, buvons au passé ! buvons au souvenir !

Symphonie.

DAPHNIS

Anacréon, qu'un vhi joyeux t'arrose!

Ton front de neige a besoin de la rose...

CÉSAR, l'iiUerrompant.

Toujours la Grèce ! Rome a ses Anacréons. Romains, chantons aussi les vers que nous créons. Change de rhythme, enfant à la voix argentine,

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