ACTE III
Et mêle aux fiers accords de la lyre latine Quelques vers d'un poëte, humble fils d'affranchi, Qui, jeune, atteint déjà Lucrèce au front blanchi. Amoureux du génie et de la forme antique, Il étudie encore Homère dans l'Attique ; Et parfois la cithare, où prélude sa main, D'Athènes vers le Tibre exhale un chant romain, Qui, fait pour célébrer les deux fils de Tyndare, Sonne comme la voix d'Alcée et de Pindare! -— Je veux parler d'Horace, enfant déjà connu :
Dis-nous son dernier chant de la Grèce venu ?
Symphonie.
DAPHNIS
Souviens-toi, quand du Sort le courroux t'importune, De conserver une âme égale pour souffrir; Point d'orgueil insolent dans l'heureuse fortune, O Dellius!... Tu dois mourir,
Que ta vie ait passé, mélancolique et terne; Ou que, les jours de fête, en un verger bien clos, Couché sur le gazon, l'amour et le Falerne T'aient versé le bonheur à flots ! —
Fais apporter les vins, les parfums^ et les roses Ephémères, hélas! mais pleines de douceurs! Profite : n'attends pas l'âge aux regrets moroses, Et les noirs ciseaux des trois Sœurs!
ANTOINE
Ceci n'est pas fort gai.
OCTAVE
C'est triste et magnifique!
CLÉOPATRE
Platon même n'a rien de plus philosophique.
C'est vieux comme Saturne!.,. On dit que nous devons Mourir un jour ou l'autre : eh bien, nous le savons !
OCTAVE
Un devin nous dirait quand notre heure dernière Viendra.
ANTOINE
Oui.
CÉSAR
Nous mourrons. Mais de quelle manière?
CLÉOPATRE
L'important, selon moi. c'est de ne pas souffrir.
CÉSAR
Voyons, amis! comment chacun veut-il mourir?
OCTAVE
La vie est un théâtre ; et moi, sur ma parole, J'en veux sortir bien tard, ayant joué mon rôle Comme un habile acteur, qui, jusqu'au dénoûment, A vécu, pour mourir dans l'applaudissement.
ANTOINE
Tu veux autant de jours dans ta carrière pleine Qu'on voit de blonds épis ondoyant dans la plaine?