‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 157 sur 211 · ACTE TII · texte numérisé non relu

ACTE TII

C'est mourir par lambeaux, mourir comme un vieillard,

Comme un ardent soleil qui meurt dans le brouillard!..

Tu n'y songes donc pas. Octave? les années,

Sans amour, ne sont plus que des roses fanées!

On crie à Jupiter : « Donne-moi de longs jours! »

Heureux ou malheureux, c'est notie vœu toujours.

Mais, trompant les ciseaux de la Parque jalouse,

Il faut mener le deuil d'un frère ou d'une épouse,

Vieillir environné de lugubres flambeaux,

Donner tout ce qu'on aime aux urnes des tombeaux!

Non. Je veux, jeune encore, un sépulcre à ma taille!

Je n'en vois qu'un, ami : c'est le champ de bataille!...

Je veux, l'épée au poing, d'une armure vêtu,

Mourir debout, là même où j'aurai combattu!

Mais non, je veux plutôt, félicité suprême,

Expirer dans les bras de la femme que j'aime!

Je veux, quand sur mon front l'ombre viendra peser,

Que mon dernier soupir soit un dernier baiser!

CLÉOPATRE

Survivre à la beauté, survivre à la jeunesse,

C'est affreux! Morte, il faut que l'on me reconnaisse :

J'aurais trop de chagrin si la postérité,

En ouvrant mon cercueil, doutait de ma beauté!

Comme on doit tout prévoir dans le temps où nous sommes,

Moi, qui suis du pays où les dieux et les hommes

Ont fait la mort rapide et le poison subtil,

Je tiens mon existence en ma main, léger fil!

Et lorsque je voudrai que cette main le coupe

Je n'aurai qu'à vider ma bague dans ma coupe.

L'œil se ferme, on s'endort, mais plus de rêvel... Ou bien

Je dirai, souriante, à quelque Nubien,

De m'apporter, le soir, au fond d'une corbeille,

Un aspic, dans les fleurs caché comme une abeille.

ANTOINE, à César.

Ton avis est le seul qu'on n'ait pas entendu ?

CÉSAR

Le trépas le meilleur, c'est le moins attendu; Celui qui fond sur nous comme l'ouragan tombe, Et qui nous jette encor tout vivants dans la tombe ; Celui qui nous arrache aux labeurs du chemin ; Celui qu'au roi César on promet pour demain !

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