ACTE III
Que cette nuit ait vu cent prodiges, d'accord :
Mais ce qui me paraît plus merveilleux encor,
Ce qui de ma surprise est l'éternelle cause,
C'est qu'un fils de la terre ait peur de quelque chose !
Entre un esclave.
Que nous veut cet esclave ?
CALPURNIE
Ami, pardonnez -moi ; Mais, pendant cette nuit de vertige et d'effroi, Je l'avais envoyé consulter l'aruspice.
Écoutez la réponse, ou funeste ou propice.
CÉSAR, à l'esclave.
Quelle est-elle? voyons.
l'esclave.
Que César ne doit pas .
Hors du seuil palatin aujourd'hui faire un pas : La victime sacrée, au front ceint de verveines, N'avait qu'un peu de sang, noir et froid, dans ses veines; Et le couteau, souillé par l'immonde liqueur. En divisant les chairs n'a pu trouver le cœur !
CALPURNIE
Quand les dieux ont parlé, faut-il qu'on leur résiste ? Vois le danger, César!
Eh bien, soit! il existe.
Mais le danger et moi, si jamais nous voulions
Combattre corps à corps, — nous sommes deux lions, Nés dans un même jour sur la montagne horrible : Je naquis le premier, et suis le plus terrible !
CALPURNIE
César! oh! si jamais l'ombre du noir soupçon, Comme un nuage errant sur la blonde moisson, N'a flotté sur le voile auguste de ma couche ; Si jamais un reproche exhalé de ma bouche, César, ne vous a dit ces muettes douleurs. Herbage empoisonné qui germe sous les fleurs ; Au nom de la pitié, moi qui jamais encore Ne vous demandai rien. César, je vous implore!
Roulement de tonnerre lointain.
Ce tonnerre profond qui vient de retentir, C'est la voix des grands dieux!... Gardez-vous de sortir ; Ne réalisez pas le songe qui me glace!... Qu'aujourd'hui Marc-Antoine au sénat vous remplace : Il parlera, s'il veut, de sinistres rumeurs. Il dira que je suis mourante, — que je meurs!
CÉSAR
Soit; je resterai donc, afin de te complaire.
CALPURNIE
Merci, bonne Junon, déesse tutélaire !
Le jour paraît.
CÉSAR
Mais regarde, Casca vient presser mon départ.
Allant au-devant de Casca. . Il voudra bien le dire au sénat de ma part.