ACTE IV
Il est vrai que César, pauvre débris qu'on foule,
Le peuple s'aperçoit seulement alors que César est à terre. — Deux ou trois hommes vont chercher une civière et couchent le cadavre dessus, pendant le discours d'Antoine.
Ramenait dans vos murs les rois captifs en foule,
Pour que sa main guerrière et féconde jetât
Leurs énormes rançons aux coffres de l'Etat.
Il est vrai que César, après mainte campagne, —
Sur l'Afrique et l'Asie, et la Gaule et l'Espagne,
Levant de lourds tributs, argent, moissons, troupeaux.
Avait de l'Italie allégé les impôts.
Il est vrai que César, dans les sombres disettes.
Gémissait, vous sachant pauvres comme vous êtes,
Et, quand le blé manquait dans nos larges greniers,
En achetait pour vous, de ses propres deniers!,..
Pourquoi l'ambition, dans un cœur enfermée,
De plus durs éléments n'est-elle point formée?
César ambitieux !.,. Qui le dit? — Par bonheur,
C'est Brutus, — et Brutus est un homme d'honneur î
Pourtant, rappelez-vous qu'au jour des Lupercales,
Fête que vous rendaient ses mains pontificales,
Ce bandeau qu'à César trois fois j'ai proposé,
César, l'ambitieux! trois fois l'a refusé.
Chacun le sait, chacun l'a vu : je puis le dire.
Mais ce n'est pas Brutus que je veux contredire.
Moi dont le triste cœur, éteint comme un flambeau.
Sur le cœur de César va dormir au tombeau !
FABER
Dis-moi, que penses-tu, voisin, de ce langage?
VALENS
Qu'il est plein de raison; c'est ton avis, je gage?
Oui, par Castor!
VALENS
César était sans contredit Ambitieux, — c'est vrai, puisque Brutus le dit; — Mais il aimait le peuple : il l'aimait bien!
FABER
Oui, certe!
UN AUTRE CITOYEN
Il avait le cœur bon, la main toujours ouverte. FABER, à demi-voix.
Comme je le regrette! ^^
VALENS
Et moi, si tu savais... î
FABER
Ami, nous en verrons peut-être un plus mauvais! 4
VALENS
Pauvre Antoine ! il fait mal à voir. . . Dieux ! comme il pleure
ANTOINE
Oh! quand je pense, amis, que César tout à l'heure, Formidable, et pareil à Jupiter tonnant, Parlait, du Capitole, au monde frissonnant,