‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 185 sur 211 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Et qu'il n'a même plus, sans voix et sans haleine,

De quoi faire trembler une herbe dans la plaine !

Quand je pense que rois, princes, fiers potentats,

A qui César laissait par pitié leurs États,

Nobles, patriciens, dans la poussière vile

Tout à l'heure à ses pieds rampaient, foule servile,

Et qu'à présent, hélas! pas un front n'est courbé

Devant l'écroulement du colosse tombé !

Que pas une douleur, compagne qui protège,

A ce mort glorieux ne vient faire cortège!...

Et cependant voici, bon peuple, un parchemin

Écrit par César même, et scellé de sa main :

Le voici! — N'allez pas croire au moins que je veuille,

Dans un pareil moment, vous lire cette feuille,

Qui pourrait, dans vos cœurs tristement combattus,

Nuire à ces hommes purs, Cassius et Brutus!

Si je lisais pourtant!... car cet écrit vous touche, —

Je vous le dis, — dans Rome il n'est pas une bouche

Qui ne baisât les plis sacrés de ce manteau

D'où le sang tombe, ainsi qu'un torrent du coteau!

Sang noble et précieux, Romains, sang d'un grand homme

Qui voulait enfermer tout l'univers dans Rome;

Gigantesque projet qu'il eût effectué,

Si deux hommes d'honneur ne l'avaient pas tué!

Quel est ce parchemin ?

ANTOINE

Environné de haine.

César avait, hélas! prévu sa fin prochaine : Oui, le pauvre César m'en parlait constamment; Et naguère il m'avait remis ce testament.

TOUS

Marc-Antoine, lisez! — Lisez sans plus attendre! Lisez le testament! — Nous voulons tous l'entendre!

ANTOINE

Mieux vaut pour vous, amis, ne le connaître point, Car déjà votre œil flambe, et vous serrez le poing ; Car vous, qui n'êtes pas faits de bronze ou de pierre. Votre cœur se romprait comme votre paupière, Et vos pleurs, épanchés au milieu des sanglots. De ce fleuve de sang viendraient grossir les flots! Et qu'arriverait-il alors? Dieux! quels désastres!... Quelle imprécation irait frapper les astres. Si vous reconnaissiez que ces hommes d'honneur Ont tué votre gloire, hélas! votre bonheur!

TOUS

Lisez! nous le voulons! Rome entière l'exige!

ANTOINE

Oh 1 ne m'y forcez pas : vous auriez tort, vous dis-je.

TOUS

Non, lisez!

Mes amis, un instant! car je vois Que vos gémissements étoufl"eraient ma voix.

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