‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 207 sur 211 · LE PEUPLE · texte numérisé non relu

LE PEUPLE

Vive, vive César! Le divin Julius!

CÉSAR , au peuple.

Merci.

d'autres voix, dans la foule.

Vive César, fils d'Ancus Martius!

ANTOINE, au peuple.

Criez : Vive César ! Voilà sa récompense ;

Car, jour et nuit, Romains, c'est à vous seuls qu'il pense!

CÉSAR

J'ai dans l'âme une ardente et vaste ambition : Je veux faire de vous la grande nation ; Que Rome — des cités soit la reine éternelle, Et couvre l'univers en déployant son aile! Ainsi donc, mes amis, écoutez mes projets. — Quand je les ai formés, à vous deux je songeais, Varron et Philotas. Aidez-moi, je vous prie : La science, d'abord, — ensuite, l'industrie.

A Philotas.

Je vous donne à bâtir sur le mont Palatin Une bibliothèque à l'Apollon latin :

Qu'elle surpasse, ami, sous notre main romaine Celles de Ptolémée, et d'Attale, et d'Eumène ; Afin que jusqu'à Rome un lumineux sentier

Vers ce phare immortel guide le monde entier!

VARRON

La science aura donc son temple auguste et libre !

CÉSAR

Mais songeons, Philotas, à détourner le Tibre :

Trop souvent il déborde ; et le fleuve toscan

Doit faire désormais le tour du Vatican. —

La ceinture de Rome est d'ailleurs trop étroite :

Qu'un nouveau champ de mars couvre la rive droite;

Et, sur la rive gauche, au peuple souverain

César va dispenser un plus large terrain.

Là, nous élèverons un immense hippodrome

Qui puisse contenir une moitié de Rome.

PHILOTAS.

Vous m'avez confié tant d'énormes travaux, Que j'accomplirais mal ces prodiges nouveaux, Si je dois, de César laissant partout l'empreinte, Couper l'isthme d'Egypte et l'isthme de Corinthe; De Rome au cap Circé creuser un canal sûr Et sécher les marais qui désolent Anxur.

CÉSAR

Oui, c'est trop pour un seul. — Que votre main dessine Et creuse le canal de Rome à Terracine; Sur ces marais fiévreux, sur tous ces champs croupis Jetez un manteau d'or, le manteau des épis. — Votre compatriote et collègue Eurysthène

A visité l'Egypte ; il est aussi d'Athène :

C'est lui qui, sur vos plans discutés par nous trois,

Va joindre, transformant les isthmes en détroits,

Le golfe de Corinthe au golfe Saronique,

La mer intérieure à la mer arabique.

Qui fera ce prodige aura bien mérité

De César, encor plus de la postérité ! —

A l'œuvre donc ! à l'œuvre! Et qu'Eurysthène songe

Qu'il va réaliser ce qu'on appelle un songe.

UN CITOYEN

Que les dieux, ô César, faccordent de longs jours!

CÉSAR, au peuple.

Vivant ou mort, je veux penser à vous toujours. Vous verrez qu'au delà du noir sépulcre même César s'est occupé de vous, et qu'il vous aime ! Mais il demande aussi, Romains, que vous l'aimiez. Car dans son testament vous êtes les premiers.

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