ACTE III
Et que j'égorgerais mon père... de ma main! En entendant ces mots, loin, bien loin de Corinthe Je m'enfuis, mesurant la distance à ma crainte, Par les astres conduit, et dirigeant mes pas Où l'oracle effrayant ne s'accomplirait pas ! — Je marchais... et j'arrive à cette même route Où tu dis que Laïus trouva la mort !... Écoute î Je vais t'ouvrir mon cœur, et l'ouvrir tout entier. Lorsque je m'engageais dans le triple sentier, Voilà soudain qu'un homme à la taille imposante. Précédé d'un héraut, sur un char se présente, Tel que tu m'as dépeint Laïus. — J'allais passer ; Quand tous deux rudement veulent me repousser. Le conducteur du char me disputait l'espace; Indigné, furieux, je le frappe, — et je passe. Mais le vieillard saisit l'instant ; son aiguillon Sur ma tête, en tombant, laisse un double sillon. L'infortuné paya plus cher sa violence!... Atteint du lourd bâton que cette main balance, Il roule de son char expirant sous mes coups. Enfin ses compagnons, je les massacre tous! — S'il a quelque rapport avec Laïus, cet homme ! Est-il donc sur la terre un seul mort&l qu'on nomme Plus malheureux que moi, plus abhorré des dieux ? Etranger ou Thébain, nul homme sous les cieux Ne peut me recevoir, ni me parler, ô femme ! Mais tous, de leurs maisons, doivent chasser l'infâme ! Et mon terrible vœu contre moi s'accomplit. — Assassin de Laïus, je profane son uti...
Ne suis-je point un monstre abominable, immonde,
Puisqu'il faut m'exiler, puisqu'il faut, seul au monde.
Mourir sans voir les miens? puisque mon pied fatal
Ne doit plus désormais toucher le sol natal, —
Ou bien, incestueux, j'épouserais ma mère.
Et je t'égorgerais, ô Polybe, ô mon père !...
N'est-ce pas le Destin qui m'a fait criminel.
Qui s'acharne après moi ? le Destin est cruel ! —
O sainte majesté des dieux, ce jour funeste.
Qu'il ne luise jamais pour éclairer l'inceste !
Avant qu'un parricide ensanglante mes mains,
Grands dieux, retranchez-moi du nombre des humains!
LE CORYPHÉE
Nous tremblons comme toi. Pourtant, si tu m'écoutes. Que ce berger d'abord éclairasse tes doutes. Espère en attendant.
ŒDIPE
Je brûle de le voir.
Qu'il vienne! Sa présence est mon dernier espoir.
JOCASTE
Sa présence! comment?
ŒDIPE
Eh bien ! que sa parole S'accorde avec la tienne, et ma crainte s'envole!
JOCASTE
Que disais-je?