‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 56 sur 211 · QUATRIÈME INTERMÈDE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME INTERMÈDE

LE CHŒUR des femmes thébaines et des vieillards.

STROPHE PREMIÈRE

0 race des mortels, vouée à la souffrance, Qu'est-ce que votre vie? Un songe... Rien, hélas! L'homme le plus heureux, selon son espérance,

N'a du bonheur que l'apparence, Fantôme évanoui bien vite dans ses bras!... O malheureux Œdipe!... instruit par ton exemple,

Quand mon œil te contemple, Je ne crois au bonheur de personne ici-bas !

ANTISTROPHE PREMIÈRE

Il avait, confondant son terrible adversaire,

Anéanti le Sphinx, ô labeur surhumain!

Ce monstre au chant sinistre, à la tranchante serre !

Il était, dans notre misère.

Entre nous et la mort comme un rempart d'airain ! Depuis ce jour, depuis l'éclatante victoire,

Environné de gloire.

Sur la puissante Thèbe il régnait souverain.

STROPHE DEUXIÈME

Et maintenant, tombé de ce faîte sublime,

Du haut de sa prospérité, — Quel homme tout à coup se vit précipité

Dans un plus noir abîme.

Dans un plus large flot et d'opprobre et de crime,

Et de calamité?

Œdipe, illustre Œdipe, ô tête auguste et chère! Gomme en un port facal, au palais de ton père, T'ont jeté les Destins dans un jour de fureur. Malheureux ! mais comment la couche paternelle. Hélas ! a-t-elle pu, muette et criminelle^ Te porter si longtemps sans frissonner d'horreur?

ANTISTROPHE DEUXIEME

Te voilà découvert par ce juge infaillible.

Le Temps!... rien n'échappe à ses yeux. Il dévoile, il condamne un hymen odieux,

Sacrilège, impossible, Où la mère et le fils, dans un mélange horrible,

Epouvantent les dieux ! — O déplorable enfant de Laïus, ô mon maître! Qu'il aurait mieux valu ne jamais te connaître!... Ma lamentable voix ne sait plus que gémir... Car, il faut être vrai !.i. sur ma bouche expirante, C'est toi qui rappelas jadis mon âme errante; C'est par toi que mes yeux ont pu se rendormir !

fIN DtJ QUATRIÈME ACTE.

Page 1