SCÈNE II
Les Mêmes, ŒDIPE.
ŒDIPE, les bras étendus, marchant à tâtons le long des murailles.
Hélas! hélas I hélas!
Où suis- je, malheureux ! où s'égarent mes pas? Où s'envole ma voix, cette voix lamentable?...
Hélas ! Dieu redoutable.
Où m'a précipité la fureur de ton bras ?
LE CORYPHEE.
Dans un gouffre de maux, lugubre, épouvantable STROPHE PREMIÈRE.
O nuage d'obscurité'.
Nuage lourd, impénétrable et morne!
Nuit profonde et sans borne!
Dans mon adversité, Oh! de quels aiguillons me déchire, incessante,
Et ma douleur présente.
Et le passé hideux qui marche à mon côté !
LÉ CORYPHÉE
Oui, ce double fardeau sur toi pèse implacable. Et tu peux bien gémir sous le faix qui t'accable !
ANTISTROPHE PREMIÈRE
ŒDIPE
Fidèle ami, toujours humain!
Dans mon malheur je retrouve ton zèle.
L'aveugle qui chancelle Est conduit par ta main !...
Oh! non, je ne suis pas le jouet d'un vain songe;
Dans cette ombre où je plonge, J'ai reconnu ta voix sur mon triste chemin !
LE CORYPHÉE
Tes yeux!... Oh! qu'as-tu fait? quel funeste courage! Quel dieu, poussant ton bras, t'a soufflé cette rage?
STROPHE DEUXIÈME
ŒDIPE
Apollon, mes amis. Apollon !... son courroux,
Sa haine injuste et sombre M'a fait ces maux, ces maux cruels, ces maux sans nombre ! Sa main n'a pas frappé : seul, j'ai porté les coups.
La lumière immortelle
A quoi me servait-elle, Lorsque je n'avais plus rien à voir sous les cieux
Qui réjouît mes yeux?
LE CORYPHÉE
Hélas ! ce que tu dis est trop vrai I... malheureux!