‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 77 sur 211 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

CYTHÉRIS.

Vous ne voulez pas être oublié?...

CASStUS.

Non, VOUS dis-je.

CYTHÉRIS.

Et comment pensez-vous opérer ce prodige?

CASSIUS

En parlant à vos yeux un langage vainqueur, Puisque, hélas! je ne puis parler à votre cœur. — Byrrha !

CYTHÉRIS.

Vous appelez ?

CASSIUS

Donne cette corbeille.

Byrrha apporte la corbeille à Cythéris.

CYTHÉRIS.

Qu'est cela ?

CASSIUS

Presque rien.

CYTHÉRIS.

Merveille sur merveille !

CASSIUS

Des objets sans valeur... oh! je vous en répond... Je les ai rapportés de la Grèce et du Pont.

CYTHÉRIS.

Des étoffes de Tyr et de Sarde!... une coupe

Où rivoire sur l'or en feston se découpe ;

Un cratère d'argent ciselé par Mentor ;

Vingt chefs-d'œuvre ! Scopas, Polyclète, Crantor 1

De l'or filé, de l'air tissu, comme ces toiles

Qui flottent, blancs réseaux détachés des étoiles!

Émeraude, topaze, un luxe oriental !

De l'ambre parfumé, des boules de cristal,

Ces trésors de fraîcheur dont je suis idolâtre 1

Puis des perles à faire envie à Cléopâtre,

La buveuse de perle !... Et tout cela pour moi ?

Vous êtes magnifique autant que le grand roi!

On entend les trompettes du Capitole.

CASSIUS

Cythéris, écoutez la joyeuse fanfare!

C'est le vainqueur du Rhône, et des mers, et du Phare.

Eh bien ! si comme lui, moi, je pouvais m'asseoir

Sur le char triomphal qui le porte ce soir.

Au lieu de ces bijoux qu'envieraient nos matrones,

Je mettrais à vos pieds mes trois mille couronnes!

CYTHÉRIS.

Et vous auriez bien tort, car vraiment, je le crains. Je les refuserais, comme ces lourds écrins Et ces légers tissus, fines ailes d'abeille.

Quoi ! vous refusez ?

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