SCÈNE VI
CORDÉLIA, LE ROI DE FRANCE et les seigneurs FRANÇAIS au fond du théâtre. GONERILLE, RÉGANE,
LE ROI DE FRANCE
A part, regardant tour à tour Cordélia et ses deux sœurs. Ici tant de vertus! — et là tant de bassesse! — A Cordélia.
De vos sœurs maintenant prenez congé, princesse.
CORDÉLIA
A ses sœurs.
Je vous quitte, ô trésors de mon père, — voyez! Le cœur gros de soupirs, les yeux de pleurs noyés. — Ce que vous êtes, moi, je le sais, — oui, sans doute; Mais nommer vos défauts par leurs noms, — il m'en coûte ! Et je ne le veux pas, car je suis votre sœur. — Pour notre père ayez des soins pleins de douceur! Vous proclamez si haut votre amour!... Je m'exile Et remets en vos mains, comme dans un asile. Le vieillard 1... Et, pourtant, ce n'est pas sans frayeur... Je voudrais lui donner un asile meilleur! — Adieu, mes sœurs, adieu.
GONERILLE.
Cette fille exemplaire Nous prescrit nos devoirs!
RÉGANE.
Tâche plutôt de plaire Au noble époux qui t'a prise par charité.