EXTRAIT DU RAPPORT DE M. VILLEMAIN
Secrétaire perpétuel de l'Académie Française
Lu en séance publique, le 3 juillet 1862, sous la présidence de M. de Montalembevt.
« Un prix, autorisé déjà plusieurs fois, sur la fondation généreuse de M. de Montyon, était de nouveau proposé depuis cinq ans, pour l'œuvre dramatique en vers qui, repré-^ sentée avec succès, réunirait le mieux les conditions de talent et d'effet moral. Mais dans l'art^ rœUvre originale est souvent tardive. La forme de la tragédie classique n'était pas essayée; la forme du drame moderne restait douteuse et comme troublée plutôt qu'inspirée par les agitations récentes de la société. Sans juger ici toutes les tentatives du théâtre de nos jours, on admettra sans peine la préférence de l'Académie pour un poëme dramatique qui offrait à l'imagination impartiale de notre temps un modèle de l'antiquité dans sa formé première. L'Œdipe roi, de Sophocle, fidèlement traduit en vers, sans changement, sans artifice nouveau, avec la hardiesse de ses images, ses intermèdes lyriques mêlés à l'action, avait frappé les esprits comme un grand spectacle et une vérité poétique. La faveur que le public avait témoignée pour cette
reprise du théâtre d'Athènes, au xix<^ siècle, paraissait le signe d'un goût plus libre et plus idéal. Sans doute, c'était par la force de l'œuvre primitive que devait surtout s'expliquer le succès. Mais pour la transmission de cette œuvre à si lointaine distance et dans un monde si différent, il fallait qu'un talent d'écrire naturel et passionné eût conservé l'accent vrai du modèle, que la traduction ainsi représentée fût comme la voix, en langue vulgaire, de cette poésie grecque tour à tour mélodieuse et terrible.
« Dans cette tâche difficile, M. Jules Lacroix a souvent réussi pour le lecteur attentif comme pour l'auditoire ému. L'Académie décerne à sa belle et sévère étude de Sophocle, à sa traduction littérale et poétique de VŒdipe roi le prix qu'elle avait proposé pour une œuvre dramatique. »
ET