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IV IL Y A TRENTE-CINQ ANS

jeunes aspirations d'une époque tumultueuse, toutes les idées de rénovation littéraire qui tourmentaient le maître et les disciples.

On s'occupait alors beaucoup du théâtre étranger, de Shakspeare surtout. Je ne Tavais jamais lu; je croyais le connaître en contemplant ses chefs-d'œuvre à travers les pelles copies de Ducis. Un jour, en furetant dans une bibliothèque de famille, un volume de Shakspeare me tomba sous la main. Je l'ouvris au hasard : c'était la tragédie à'Hamlet, traduite par Le Tourneur. Je lus, je dévorai la pièce d'un bout à l'autre... Je n'oublierai jamais quelle fut ma surprise, mon enthousiasme. Un vaste horizon nouveau s'ouvrait devant mes yeux : ce fut comme une révélation. A dater de ce jour, Shakspeare devint ma lecture assidue \ Virgile et Horace n'en souffrirent pas le moins du monde, mais Perse fut négligé quelque peu.

C'est vers cette époque de fermentation littéraire que les acteurs anglais vinrent à Paris jouer les principaux drames de Shakspeare. Je ne manquai pas une représentation, et mon culte pour le divin poète avait passé brusquement à l'idolâtrie. Les imitations du bon Ducis, malgré les beaux

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vers qui brillent ça et là,, me paraissaient bien fades, bien chctivcs, bien incomplètes, et je me disais que ce grand théâtre de T Eschyle moderne était à refaire.

Oh ! pensais-je dans mon rêve de jeune enthousiaste, quelle gloire, quel triomphe pour celui qui transporterait sur la scène française, tout vivants, ces types immortels d'un génie créateur : Othello, Macbeth, Hamlet^ le Roi Lear !

Cette idée ambitieuse, chaque jour plus dominatrice, ce violent désir s'empara de moi tout entier. Presque ausitôt, je me lançai à corps perdu dans le torrent de Shakspeare, au risque de m'y engloutir, et je me plongeai dans les profondeurs de cette œuvre surhumaine, Hamlet.

Ce drame gigantesque, avec ses vingt changements de scènes qui sont des actes, avec ses quatre mille vers, je le traduisis tout d'une haleine. Il est dans mon portefeuille ; mais je ne le ferai jamais représenter. Un autre a pris sa place au théâtre et doit y rester sans rival : c'est la belle et vigoureuse imitation d'Alexandre Dumas et de! Paul Meurice.

Vers ce temps â peu près, fut donné aux Français r 0//ze//o d'Alfred de Vigny, un chef-d'œuvre!

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