X IL Y A TRENTE-CINQ, ANS
atque dirœy.. lorsque, montant jusqu'à l'Ode sublime, il dit Le" Feu du cieU
Enfin, j'aurais peur, en mêlant de la prose dans ma traduction de Shakspeare, d'ôter au vers toute sa vérité relative, sa vérité de convention, en un mot toute sa raison d'être ; j'aurais peur, comme vous dites vousmême quelque part, de mettre sur la scène des arbres véritables au milieu d'une forêt peinte, et de rendre également faux, par cette maladresse, et l'art et la nature.
Pardonnez-moi, cher maître, cette longue épître et tous ces points d'interrogation : fixez d'un mot toutes mes irrésolutions poétiques, car je vais mettre sous presse ma traduction complète et littérale de Macbeth, et bientôt celle du Roi Lear ou d'Hamlet.
Avant de m'engager dans une voie définitive, j'attends votre réponse avec un certain battement de cœur; j'attends, comme le pieux Énée à Cumes, voc^m... responsa Sibyllœf •
Ce g avril 1840.
La réponse ne se fit pas attendre. Je l'ai conservée toujours précieusement avec le brouillon de ma lettre. C'était une sauvegarde et une excuse dans Toccasion, — c'était la réponse victorieuse aux reproches de la critique.
Vous avez cent fois raison, cher poëte ; faites un tissu homogène. Dans la langue française, il y a un abîme
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entre la prose et le vers ; en anglais, c'est à peine s'il y a une différence. C'est un magnifique privilège des grandes langues littéraires, du grec, du latin et du français, d'avoir une prose. Ce privilège, l'anglais ne l'a pas. Il n'y a pas de prose en anglais. Le génie des deux langues est donc profondément distinct dans cette question. Ce que Shakspeare a pu faire en anglais, il ne l'aurait certes pas fait en français. Suivez donc votre excellent instinct de poëte, faites en français ce qu'eût fait Shakspeare ; ce qu'ont fait Corneille et Molière. Écrivez des pièces homogènes.
Voilà mon avis. Et pui^, j'ai un autre avis encore, c'est que je vous aime de tout mon cœur.
Victor Hugo.
14 avril 1840.
Enhardi par cet illustre conseil, je ne doutai plus, et peu de temps après, je publiais ma traduction de Macbeth y que le savant Philarète Chasles approuva tout entière, sauf la scène du somnambulisme écrite en vers ; M. Magnin, l'ancien rédacteur du Globe, n'eut que des éloges pour mon travail.
Plus d'une fois, depuis cette publication, il ne m'eût pas été impossible de faire jouer mon drame, qui eût précédé, et même de beaucoup,