XII IL Y A TRENTE-CINQ ANS
la représentation du Macbeth, non traduit peutêtre avec exactitude, mais admirablement imité en vers superbes par Emile Deschamps : les circonstances étaient favorables, mais j'aurais été forcé de restreindre, de modifier le drame, de remanier certaines scènes, et je ne le voulais pas absolument. L'œuvre de Shakspeare était pour moi sacrée, la moindre coupure, le moindre changement nVeùt paru un sacrilège. J'avais tort, je le reconnais maintenant, et c'est un grand bonheur pour Shakspeare et pour moi que la pièce n'ait pas trouvé de théâtre assez riche, assez hardi pour le représenter textuellement. Macbeth, cet incomparable chef-d'œuvre, aussi beau dans son genre qu' Œdïpe roi, eut subi le plus triste échec, et Shakspeare eût porté la peine de ma témérité. Les esprits n'étaient pas encore bien préparés au théâtre de Shakspeare pur et sans m.élange, le public n'était pas mûr.
Aujourd'hui, grâce aux vaillants efforts, aux nobles travaux de mes prédécesseurs, je trouve une route moins hérissée d'obstacles-, j'ai pu marcher sans trop d'encombre ; avec moins de mérite sans doute et plus de bonheur, j'ai rencontré le succès. Ce Macbeth qui, le premier de tous, avait
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paru sous la forme du livre, mais qui n^était venu au théâtre que le dernier, — grâce à des chances meilleures, a gagné la bataille.
Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la presse tout entière, c'est le plus fin, le plus délicat, le plus difficile à contenter de tous les critiques, Sainte- Beuve.
Voici ce qu'il écrivait le 2 mars i863, dans une de ses plus charmantes Etudes, intitulée : Ducis épi s toi aire :
a Je voyais l'autre jour à l'Odéon Macbeth
J'admirais cette pièce effrayante, effarée, sauvage, pleine d'hallucinations, de secondes vues, où l'on voit naître, grandir et marcher le crime, le remords, où l'horreur d'un bout à l'autre plane à faire dresser les cheveux
(( Puis je me suis mis à songer, non sans tristesse, à ce qu'il a fallu d'efforts, de bégaiements, pour amener et rendre possible sur notre scène cette reproduction à peu près fidèle; je repassais dans mon esprit et ces anciens combats et ces discussions si animées, si ferventes, dont rien ne peut donner l'idée aujourd'hui ; je me redisais les noms de ces anciens critiques si méritants, si
modestes et presque oubliés les Desclozeaux,
les Magnin^ nous parlant dans le G lobe ^ dès 1826 ou 1828, de ces pièces admirables dont bientôt nous pûmes