SCÈNE XI
PAUL, L'ABBÉ, puis RENÉE.
L'ABBÉ, au fond après avoir considéré Paul d'un air attendri, se découvrant avec le plus grand respect.
C'est bien à M. le vicomte Paul de Penarvan que j'ai l'honneur de m'adresser?
PAUL
Oui, monsieur; que puis-je faire pour votre service?
L'ABBÉ, en extase.
Ah! permettez-moi, d'abord, de vous embrasser! (il l'entoure do ses bras.)
PAUL, très-surpris.
Veuillez me dire, au moins... (Renée parait au fond; Paul est comme frappé d'admiration, il interroge l'abbé du regard.) L'ABBÉ, d'une voix éclatante.
Mademoiselle Louise Renée de Penarvan, votre cousine, monsieur le vicomte!
RENÉE, allant à Paul, et lui tendant résolument la main qu'elle vient de déganter.
Bonjour, mon cousin ! convenez-en, vous ne m'attendiez pas?
PAUL, après lui avoir baisé la main.
C'est la vérité, ma cousine! si j'avais pu prévoir un si grand honneur...
RENÉE, avec bonbomie.
Qu'est-ce donc? vous cultivez vos terres vous-même?... Un de nos ancêtres... je ne sais plus lequel... L'ABBÉ, la soufflant.
Mathieu de Penarvan!
RENÉE
Un de nos ancêtres disait que le soc de la charrue était arme de gentilhomme, et se tenait pour mieux chaussé en sabots qu'en souliers de cour.
l'abbé, bas.
C'était le sire Mathieu.
ïi LA MAISON DE l'ENAUVAN.
BENBE.
Mon cousin, je vou9 présente l'abbd Pyrniil, l'ancien précepteur de mes frères et le mien.
l'ambV
Et l'historiographe de...
BENBE, à Paul.
Monsieur l'abbé est de la famille.
PAUL
Soyez le bienvenu, monsieur.
l'abbé, à part.
Il n'a pas l'air méchant.
BENBE.
Et maintenant, votre bras, cousin; car je no suppose pas que votre intention soit de nous laisser à la porte. PAUL, lui offrant le bras.
Ah! ma cousine, je suis trop heureux de cette bonne visite; et croyez bien que je vous aurais devancée, si je n'avais craint..,
RENÉE
D'être mal reçu?
PAUL
Le pa^sé n'était pas fait pour m'encourager. Pourtant, à la nouvelle du malheur qui vous a frappée, en vous sachant seule, entourée de dangers, mon premier mouvement avait été d'aller vous offrir l'appui de mon bras; mais j'ai cru devoir attendre un signe, un mot de vous; et, ne recevant rien, pas même une lettre d'avis...
HENÉE.
C'est que je ne soupçonnais pas même votre existence, mon cher cousin; je ne la connais que depuis deux jours; et, depuis deux jours, j'ai quitté le deuil que je devais porter toute ma vie.
PAUL
Alors, je n'ai que des remerciments à vous faire, et beaucoup d'indulgence à vous demander... Vous le voyez, je n'habite pas précisément un palais, (il la conduit a un fauteuil, près do la table à gauche, où elle s'assied.)
BENBE.
Mon indulgence vous est acquise, cher cousin, et j'espère bien