ACTE DEUXIÈME
qu'avant peu vous m'offrirez l'occasion de mettre toute la vôtre à l'épreuve.
PAUL, à part.
Elle est charmante! Et moi, qui me figurais... (L'abbé, assis à gauche de la table, est dans le ravissement.)
Du reste, il importe peu que la maison soit riche ou pauvre ; ce qui importe, c'est que l'honneur y soit chez lui et n'ait pas envie d'en sortir : n'est-ce pas votre avis? PAUL, un peu surpris.
Assurément.
RENÉE
Asseyez-vous donc, monsieur de Penarvan. Il est temps que vous sachiez ce qui m'amène. (Paul prend un fauteuil à droite et le place à distance de Renée,)
L'ABBÉ, à part.
Ah! voici le moment critique.
PAUL, à part.
Hum! hum!... (il s'assied.)
RENÉE, après un silence, d'une voix ferme et hautaine. Mon cousin, vous savez comment mon père et mes frères eont morts?
PAUL, à part.
C'est bien cela! (Haut, avec fermeté.) Tenez, ma cousine, croyezmoi, n'allons pas plus loin! Quand vous êtes entrée ici, il y avait en vous tant de franchise et de bonté, que j'ai cru, tout d'abord, à un prodige inespéré. Oui, j'ai pu croire un instant que vous étiez venue pour effacer les divisions de nos familles; et, quant à moi, en sentant votre main dans ma main, j'avais tout oublié... Mais, si je me suis trompé, si je dois trouver en vous un censeur au lieu d'une amie, je vous dirai que je ne suis plus assez jeune pour recevoir des leçons... Votre père et vos frères sont morts pour une cause que je respecte, que j'honore, mais qui n'est pas la mienne. Or, je ne dois compte de mes opinions à personne, et je ne reconnais à personne le droit de juger ma conduite.
L ABBÉ, à |iarl.
Voilà bien ce i[ue je craignais, >
RENÉE
Vous le prenez haut, mon cousin; mais je suppose que voire conscience est plus humble que votre langage. l'Ail., vivement.
Ma conscience !
L ABBE, so levant vivement.
Monsieur le vicomte t.. . mademoiselle!... (il se place debout derrière le fauteuil de Renée.)
RENÉE
Laissons lu le passé. Notre oncle et vos cousins vous ont légué des devoirs auxquels vous ne sauriez vous dérober sans félonie... Je suis venue pour vous les enseigner, si vous ne les connaissez pas; pour vous les rappeler, si vous en avez perdu la mémoire.
PAUL
Mais...
RENÉE
On assure que vous pensez à vous marier.
PAUL, Irnublé.
Et qui a pu vous dire... ?
RENÉE
On ajoute même que votre choix est fait; vous allez épouser la fille d'un meunier... Est-ce vrai, mon cousin? L ABBÉ, timidement.
Non... c'est impossible I
RENÉE, insistant.
Est-ce vrai, mon cousin?
PAUL, confus et irrité tout à la fois. Eh bien!... eh bien, oui, c'est la vérité. J'épouse la fille à M. Michaud. (L'abbé est anéanti.)
RENÉE
Et vous en convenez?
PAUL
Et pourquoi m'en cacherais-je? Je suis au bout de ma jeunesse, j'ai dû songer à faire une fin. M. Michaud est un bon diable, sa fille me plaît... je ne lui déplais pas; nous nous marions... c'est simple comme bonjour.