SCÙNU III L'ABBÉ, RENÉE
RENÉE, à clle-mînifi.
Mais qu'a-l-il donc, mon D;cu? (.v l'abbd.) Mais qu'a-l— il donc?
l'aBBÉ, étonné.
Ce qu'il a?
RENÉE
Mais vous no voyez donc lien?
L ABBE, se levant.
Quoi donc?
RENÉE
Celte froideur, cette contrainte, quand je vais à lui, quand je ui parle, quand il me répond... quand il daigne me répondre. l'abbé, ébahi.
J'avoue que je n'ai pas remarqué...
RENÉE
Est-il concevable que vous soyez absorbé dans le passé au point de ne rien voir des choses de la vie? Tout à l'heure encore, ici même, devant vous, sous vos yeux... son attitude glacée, ses rares paroles, ses longs silences, jusqu'à sa façon de s'éloigner, rien de tout cela ne vous a frappé?
l'abbé.
Eh quoi, madame la marquise, c'est là ce qui vous préoccupe, alors que vous êtes la plus glorieuse des épouses, quand nous avons un héros déplus?
RENÉE
Eh! oui, je le sais bien, mou ambition est satisfaite! D'où vient donc l'inquiétude qui me dévore? Nous avons maintenant le gentilhomme qui nous manquait naguère ; mais l'homme d'une humeur si douce, si expansive, qui jetait la vie, malgré nous, dans notre intimité, où donc est-il ? Je le cherche, je ne le trouve
plus... el je souffre.,, je souffre... horriblement! (Elle tombe brisée
sur le fauteuil à droite )
L ABl:É, étonné.
Vous pleurez?
RENÉE, se levant vivement cl passant à gauche.
Moi?... Non! Mais je suis irritée d'un changement que je ne puis m' expliquer.
l'abbé.
Attendez donc!... Blesse" près de la Brigazière, M. le marquis a dû être transporté ici ; mais sa véritable place est au château. Autrefois, il s'y trouvait mal à l'aise; il se sentait aude?sous de la grandeur qu'on y respire; à présent, c'est là que l'attend le couronnement de sa gloire, et c'est là qu'il aspire à vivre.
RENÉE
Croyez-vous?
l'abbé.
J'en suis sûr. Monsieur le marquis doit souffrir ici; il est impossible qu'aujourd'hui ce séjour ne lui rappelle pas douloureusement ses erreurs premières.
RENÉE
Douloureusement?... Eh bien, moi, je crois le contraire.
l'abbé.
Le conîraire?
RENÉE
OÏ\, oui, ]<■ me rappelle maintenant... certaines paroles qui lui sont échappées : oui, certaines tendances à retomber dans son passé. Ce séjour est malsain pour lui; voilà la \éiité, monsieur l'abbé, la voilà ! Il faulreto i mer au château. Il doit être en état de supporter le voyage; je vais en causer avec le docteur. (Elle
sort par le fonJ.)