MICHAUD, L'ABBÉ
L'ABBÉ, d'un ton confidentiel.
Mon cher monsieur Michaud, vous ne pouviez venir plus à propos.
MICHAUD
Tant mieux, morbleu!
l'abbé.
Tant pis!
MICHAUD, d'un air contrit.
C'est juste!... Ça ne va donc pas, mon cher monsieur Pyrmil? ça ne va donc pas? Le fait est qu'à ne considérer que l'état de votre lévite...
l'abbé.
Oh! ce n'est pas de moi qu'il s'agit, ni même de mademoiselle Renée; son propre dénûment ne la touche guère : il y a des âmes qui ne relèvent pas de la fortune. Mais si vous saviez que de misères crient autour de nous! Et l'hiver approche, nos ressources sont épuisées encore une fois, et sans vous...
MICHAUD
Me voilà, monsieur l'abbé, me voilai Je ne suis qu'un meunier, les temps sont durs et l'argent est rare; mais, pour obliger mademoiselle de Penarvan!...
L'ABBÉ
Excellent ami !
MICHAUD
Une si brave demoiselle! qui porte si dignement son nom! qui a. juré de le porter toute sa vie durant, avec le deuil de sa famille!... car elle l'a juré?
l'abbé.
Oui, certes, et elle est fille à tenir un serment.
MICHAUD
C'est magnifique!... Eh bien, laissez-moi faire. Depuis longtemps, je roule dans ma tète une combinaison...
l'abbé.
Une combinaison?
MICHAUD
Qui vous tirerait de presse une fois pour toutes; car il faut en finir, mon cher monsieur Pyrmill Nous avons beau vivre en l'an vi, il ne convient pas que, chez nous, dans notre Bretagne, l'héritière d'un des plus grands noms du pays en soit réduite à attendre le père Michaud, pour savoir comment clic passera l'hiver ou l'été. Songez donc que je viens ici deux fois l'an, et je n'y viens jamais sans vous trouver aux prises avec les mômes embarras. J'arrive, je remets votre [barque à flot ; et |six mois après, c'est à recommencer. Ça ne peut plus aller comme cela!
l'abbé.
Et vous avez un moyen?
MICHAUD
Ah! dame! je ne vous cacherai pas que ce sera pour moi une lourde affaire ; mais, sapristi ! j'irai jusqu'au bout, quand je devrais y manger mon dernier écu.
l'abbé.
Homme généreux! vous aurez une récompense.
Je n'en veux point.
L'ABBÉ, finement.
Vous en aurez une, monsieur, qui dépassera tous vos rôves.
MICHAUD, un peu alléché.
Ah bah !
L ABBE, il prend sur la table son manuscrit et lo met sous les yeux do [Michaud.
Vous voyez bien cela?
MICHAUD
Oui.
l'abbé.
Feuilletez... donnez un coup d'œil.
MICHAUD
Beau parchemin... belle écriture... c'est moulé! Mais quel rapport ?...