‹ ThéâtreChapitre 15 sur 254 · TOUS L^S PERSONNAGES · texte numérisé non relu

TOUS L^S PERSONNAGES

(oi eort de là salle à manger.)

Eh! bien, Hector, qu'en dis-tu? Voilà la maison! c'est ainsi tous les jours que Dieu fait. Crois-tu qu'il y ait au monde un homme plus heureux que moi?

LE DUC

Ma foi ! j'avoue que je te porte envie, tu me réconcilies avec le mariage.

ANTOINETTK. has à Verdelet.

Quel charmant jeune nomme, mcn?"ienr ne Montmeyran !

VEUDELET, bas.

Il me plaît beaucoup.

GASTON

Monsieur Poirier, il faut que je vous le dise une bonne fois, vous êtes un homme excellent, croyez bien que vous n'avez pas aiïoire à un ingrat.

POIRIER

Oh ! monsieur le marquis !

GASTON

Appelez-moi Gaston, que diable! Et vous, mon cher monsieur Verdelet, savez-vous bien que j\ii plaisir à vous voirY

ANTOINETTE

Il est de la famille, mon ami.

GASTON

Touchez donc là, mon oncle 1

VERDELET, Iti donnant la main.

U part.) Il n'est pas méchant.

GASTON

Conviens, Hector, que j'ai eu de la chance! Tenez, monsieur Poirier, j'ai un poids sur la conscience. Vous ne songez qu'à fiaire de ma vie une fête de tous les instants ; ne m'offrirez-vous jamais une occasion de m'acquitter? Tâchez donc une fois de désirer quelque chose qui soit en mon pouvoir.

POIRIER

Eh bien, puisque vous êtes en si bonnes dispositions, accordez-moi un quart d'heure d'entretien ; je veux avoir avec vous une conversation sérieuse.

LE DUC

Je me retire.

POIRIER

Au contraire, monsieur, faites-nous l'amitié de rester. Nous allons tenir en quelque sorte un conseil de famille ; vous n'êtes pas de trop, non plus que Verdelet,

GASTON

Diantre, cher beau-pere, un conseil de famille ! voudriez-vous me faire interdire, par hasard?

POIRIER

Dieu m'en garde, mon cher Gaston, asseyons-nou?. (on s'assied.^

GASTON

La parole est à monsieur Poirier.

POIRIER

Vous êtes heureux, mon cher Gaston, vous le dites, et c'est ma plus douce récompense.

Je ne demande qu'à doubler la gratification.

POIRIER

Mais, voilà trois mois donnés aux douceurs de la lune de miel, la part du roman m.e semble suffisante, et je crois l'instant venu de penser à l'histoire.

GASTON

Pal>ombleu ! vous parlez comme un livre; pen?on.= à Vhiè- 'oire, ]e le veux bien.

aCIE il, SCÈNK \. 29

POIRIER

Que comptez-vous faire?

GASTON

Aujourd'hui?

POIRIER

Et demain, et à l'avenir... vous devez avoir une idée.

GASTON

Sans doute, mon plan est arrêté, je compte faire aujourd'hui ce que j'ai fait hier, et demain ce que j'aurai fait aujourd'hui, je ne suis pas un esprit versatile malgré mon air léger, et pourvu que l'avenir ressemble au présent, je me tiens satisfait.

POIRIER

Vous êtes cependant trop raisonnable pour croire à l'éternité de la lune de miel.

Trop raisonnable, vous l'avez dit, et trop ferré sur l'astrono» mie... Mais vous n'êtes pas sans avoir lu Henri Heine.

POIRIER

Tu dois avoir lu ça, Verdelet?

VERDELET

Je l'ai lu , j'en conviens.

POIRIER

Cet être-là a passé sa vie à faire l'école buissonniere.

GASTON

Eh bien! Henri Heine, interrogé sur le sort des vieilles pleines lunes, répond qu'on les casse pour en faire des étoiles.

POIRIER

Je ne saisis pas...

GASTON

Quand notre lune de miel sera vieille, nous là casserons, et il Y aura de quoi faire toute une voie lactée.

POIRIER

L'idée est sans doute fort gracieuse.

LE DUC

Elle n'a de mérite que son f^xtrèm? simplicité.

POIRIER

Mais sérieusement, mon gendre, la vie un peu oisive que vous menez ne vous semble-t-elle pas funeste au bonheur d'un jeune ménage?

GASTO.N.

NuUoment.

VERDELET

Un homme de votre valeur ne peut pas se condcimner au dc^œuvrement à perpétuité.

GASTON

Avec de la résignation...

ANTOINETTE

Ke craignez-vous pas, mon ami , que l'ennui ne vous gagne?

GASTON

Vous vous calomniez , ma chère.

ANTOINETTE

Je n'ai pas la vanité de croire que je puisse remplir votre existence tout entière, et, je vous Tavoue, je serais heureuse de vous voir suivre l'exemple de monsie t de Mor^tmeyran.

GASTON

Me conseillez-vous de m engager^ par hasard?

ANTOINETTE

Non, certes.

GASTON

Mais pourquoi donc alors?

POIRIER

Nous voudrions que vous prissiez une position digne de votre nom.

GASTON

Il n'y a que trois positions que mon nom me permette : soldat , évèque ou laboureur. Choisissez.

POIRIER

Nous nous devons tous à la France : la France est notre mère.

, VERDELET

Je toraprends le chagrin d'un fils qui voit sa m.ère se remarier; je comprends qu'il n'assiste pas à la noce; mais, s'il a du

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