TOUS L^S PERSONNAGES
(oi eort de là salle à manger.)
Eh! bien, Hector, qu'en dis-tu? Voilà la maison! c'est ainsi tous les jours que Dieu fait. Crois-tu qu'il y ait au monde un homme plus heureux que moi?
LE DUC
Ma foi ! j'avoue que je te porte envie, tu me réconcilies avec le mariage.
ANTOINETTK. has à Verdelet.
Quel charmant jeune nomme, mcn?"ienr ne Montmeyran !
VEUDELET, bas.
Il me plaît beaucoup.
GASTON
Monsieur Poirier, il faut que je vous le dise une bonne fois, vous êtes un homme excellent, croyez bien que vous n'avez pas aiïoire à un ingrat.
POIRIER
Oh ! monsieur le marquis !
GASTON
Appelez-moi Gaston, que diable! Et vous, mon cher monsieur Verdelet, savez-vous bien que j\ii plaisir à vous voirY
ANTOINETTE
Il est de la famille, mon ami.
GASTON
Touchez donc là, mon oncle 1
VERDELET, Iti donnant la main.
U part.) Il n'est pas méchant.
GASTON
Conviens, Hector, que j'ai eu de la chance! Tenez, monsieur Poirier, j'ai un poids sur la conscience. Vous ne songez qu'à fiaire de ma vie une fête de tous les instants ; ne m'offrirez-vous jamais une occasion de m'acquitter? Tâchez donc une fois de désirer quelque chose qui soit en mon pouvoir.
POIRIER
Eh bien, puisque vous êtes en si bonnes dispositions, accordez-moi un quart d'heure d'entretien ; je veux avoir avec vous une conversation sérieuse.
LE DUC
Je me retire.
POIRIER
Au contraire, monsieur, faites-nous l'amitié de rester. Nous allons tenir en quelque sorte un conseil de famille ; vous n'êtes pas de trop, non plus que Verdelet,
GASTON
Diantre, cher beau-pere, un conseil de famille ! voudriez-vous me faire interdire, par hasard?
POIRIER
Dieu m'en garde, mon cher Gaston, asseyons-nou?. (on s'assied.^
GASTON
La parole est à monsieur Poirier.
POIRIER
Vous êtes heureux, mon cher Gaston, vous le dites, et c'est ma plus douce récompense.
Je ne demande qu'à doubler la gratification.
POIRIER
Mais, voilà trois mois donnés aux douceurs de la lune de miel, la part du roman m.e semble suffisante, et je crois l'instant venu de penser à l'histoire.
GASTON
Pal>ombleu ! vous parlez comme un livre; pen?on.= à Vhiè- 'oire, ]e le veux bien.
aCIE il, SCÈNK \. 29
POIRIER
Que comptez-vous faire?
GASTON
Aujourd'hui?
POIRIER
Et demain, et à l'avenir... vous devez avoir une idée.
GASTON
Sans doute, mon plan est arrêté, je compte faire aujourd'hui ce que j'ai fait hier, et demain ce que j'aurai fait aujourd'hui, je ne suis pas un esprit versatile malgré mon air léger, et pourvu que l'avenir ressemble au présent, je me tiens satisfait.
POIRIER
Vous êtes cependant trop raisonnable pour croire à l'éternité de la lune de miel.
Trop raisonnable, vous l'avez dit, et trop ferré sur l'astrono» mie... Mais vous n'êtes pas sans avoir lu Henri Heine.
POIRIER
Tu dois avoir lu ça, Verdelet?
VERDELET
Je l'ai lu , j'en conviens.
POIRIER
Cet être-là a passé sa vie à faire l'école buissonniere.
GASTON
Eh bien! Henri Heine, interrogé sur le sort des vieilles pleines lunes, répond qu'on les casse pour en faire des étoiles.
POIRIER
Je ne saisis pas...
GASTON
Quand notre lune de miel sera vieille, nous là casserons, et il Y aura de quoi faire toute une voie lactée.
POIRIER
L'idée est sans doute fort gracieuse.
LE DUC
Elle n'a de mérite que son f^xtrèm? simplicité.
POIRIER
Mais sérieusement, mon gendre, la vie un peu oisive que vous menez ne vous semble-t-elle pas funeste au bonheur d'un jeune ménage?
GASTO.N.
NuUoment.
VERDELET
Un homme de votre valeur ne peut pas se condcimner au dc^œuvrement à perpétuité.
GASTON
Avec de la résignation...
ANTOINETTE
Ke craignez-vous pas, mon ami , que l'ennui ne vous gagne?
GASTON
Vous vous calomniez , ma chère.
ANTOINETTE
Je n'ai pas la vanité de croire que je puisse remplir votre existence tout entière, et, je vous Tavoue, je serais heureuse de vous voir suivre l'exemple de monsie t de Mor^tmeyran.
GASTON
Me conseillez-vous de m engager^ par hasard?
ANTOINETTE
Non, certes.
GASTON
Mais pourquoi donc alors?
POIRIER
Nous voudrions que vous prissiez une position digne de votre nom.
GASTON
Il n'y a que trois positions que mon nom me permette : soldat , évèque ou laboureur. Choisissez.
POIRIER
Nous nous devons tous à la France : la France est notre mère.
, VERDELET
Je toraprends le chagrin d'un fils qui voit sa m.ère se remarier; je comprends qu'il n'assiste pas à la noce; mais, s'il a du