SCÈNE V FRÉDÉRIQUE, SPIEGEL
Spark ne veut décidément pas venir, mon pauvre Spiegel.
SPIEGEL
Tant mieux ! J'ai à vous parler sans témoins.
FRÉDÉRIQUE
Un secret... même pour Spark?... Il est pourtant discret.
SPIEGEL
D s'agit de savoir si vous aimez votre cousin.
FRÉDÉRÎQUE.
Singulière question, mon ami! Je serais bien ingrate de ne pas l'aimer. C'est son père qui m'a recueillie et élevée; quand il est mort, il m'a dit : .« Je te lègue à Frantz. » Je suis venue à Munich, et Frantz m'a fait une place dans son coeur et à son foyer.
SPIEGEL
Ne fallait-il pas vous laisser dans la rue? Frantz n'a fait là que le devoir d'un parent.
FRÉDÉRIQUE
Et pour vous, Spiegel, était-ce aussi le devoir d'un parent? car vous avez votre part dans le bienfait : vos deux pauvretés se sont cotisées pour recueillir l'orpheline.
SPIEGEL
Pardieu! quand il n'y a pas pour deux, ça n'est pas plus ruineux d'être trois.
FRÉDÉRIQUE
Mais ce dont je serai éternellement reconnaissante, ce qui me touche au fond du cœur, depuis que je suis en âge de réfléchir et de comprendre, c'est la dignité que vous avez mise tous deux dans votre existence de jeunes gens, par respect pour votre fille. Votre maison d'artistes est devenue maternelle dès l'instant que j'y ai posé le pied, comme si le tapage de votre jeunesse était sorti par une porte tandis que j'entrais par lautre.
SPIEGEL
C'est là ce qui vous acquitte et au delà envers nous. Tous avez installé ici l'ordre et le travail; votre innocence s'est emparée du logis, et nous nous sommes mis à marcher sur la pointe du pied comme dans la chambre d'un enfant qui dort.
FRÉDÉRIQUE
Comment donc ne vous aimerais-je pas, et que veut dire votre question?
SPIEGEL, à part.
C'est vrai que ma question...