ACTE PREMIER
lève la consolation de satisfaire un dernier désir de mon bien-aimé parent. Mais je ne me tiens pas pour battue, et, puisque le baron s'est emparé du Requiem, je pourrai m'arranger de la marche funèbre dont parlait votre ami.
FRANTZ
C'est bien, madame.
LA MARGRAVE, à Frantz.
Les œuvres d'un homme comme vous ne se marchandent pas monsieur; veuillez fixer vous-même...
FRANTZ
Je ne peux pas vous demander un prix, madame, après avoir oiiert pour rien au baron...
LA MARGRAVE
Pour rien?...
FRANTZ
Il ne m'a pas fait la grâce d'accepter, je dois le dire. Il a tenu à me jeter un pourboire.
LA MARGRAVE, se levant.
J'accepte votre musique avec reconnaissance, monsieur, à condition que vous me permettrez d'envoyer à madame un souvenir de moi.
SPIEGEL, à part.
A la bonne heure, celle-là est polie !
DOROTHÉE, qui s'est approchée du chevalet de Spiegel Oh ! maman, venez donc voir...
LA MARGRAVE
Quoi, ma fille?
DOROTHÉE
Le portrait de notre cousin, le comte SigismondI
FRANTZ
Est-il possible?
LA MARGRAVE
Très-ressemblant.
SPIEGEL
Tiens, tiens, tiens, c'était luil
FRANTZ
Je comprends à présent.
LA MARGRAVE
Vous faisiez son portrait sans savoir son nom?
Parfaitement! — C'est-à-dire, parfaitement...
LA MARGRAVE
Et pourquoi figure-t-il dans cette scène? Il y a une histoire làdessous.
FRÉDÉRIQL'E.
Oui, madame, et une histoire qui nous est bien chère.
DOROTHÉE
Oh! contez-nous-la, s'i. vous plaît. J'adore les histoires.
LA MARGRAVE
Vous êtes indiscrète ma fille.
FRÉDÉRIQUE
Au contraire, mad me, nous aimons à raconter ce trait du comte Sigisraond, qui jus ,u'ici s'appelait chez nous le grand inconnu. (La r\îrrgi'aTe s'jsîied rur une chaise près du chevalet; Frantz, pendant le récit, met en ordre !:■■ parlilioa de la marche funèbre.) — Nous étions réunis tous trois dans celte cli.jù.bre, un soir d'été; Frantz venait de terminer une symphonie, et jo la jouais sur le piano; aux dernières notes, la porte s'ouvre et nous voyons entrer un étranger...
SPIEGEL
Vieux, grand, sec, nez en bec d'aigle, canne à pomme d'ivoire, bague de cornaline au doigt.
DOROTHÉE
C'était bien lui !
FRÉDÉRIQUE
« Je passais devant votre fenêtre, nous dit-il, votre musique m'a arrêté ; je me suis assis sur le banc de pierre et j'ai lout écouté. Apprenez-moi quel est l'auteur de celte symphonie digne do Beethoven? »
SPIEGEL
« Elle est de mon ami Frantz Wagner, >. lui dis-je fièrenicnt. Alors