ACTE DEUXIÈME
LA MARGRAVE
Elle n'a de valeur que celle que vous voudrez bien y attacher.
FRÉDÉRIQUE, à Dorothée.
Voulez-vo !.i que nous soyons amies, mademoiselle ?
DOIloniÉE, d'un air souriant, sur un signe de sa mère. Je le veux bien, mademoiselle. (Frédérique va auprès d'elle.) FRAXTZ.
En un jour comme celui-ci, madame, le procédé est deux fois charmant.
LE BARON, enlre la margrave et Frantz, montrant celui-ci. Margrave, que vous disais-je?
LA MARGRAVE
C'est vrai ; il y a quelque chose.
LE BARON
Quelque chose? Il y a tout.
FRANTZ
Qu'est-ce donc?
LE BARON
Rien... une ressemblance! — Allons, chère margrave, il est temps de prendre congé.
FRANTZ
Vous partez?
LA MARGRAVE
Pour Munich.
FRÉDÉRIQUE
Mais, madame, vous arrivez à peine... Mademoiselle doit être fatiguée de la route... La chaleur est accablante.
DOROTHÉE
Ah ! oui, il fait bien chaud.
FRANTZ
Ma cousine a raison, madame; dans notre joie, nous n'avons pas songé... et puis nous n'aurions pas osé... mais à présent...
FRÉDÉRIQUE
Vous ne pouvez partir aujourd'hui... Faites-nous la grâce de
vous reposer ici au moins une nuit... Vous êtes chez le comte Sigismond.
LA MARGRAVE
Je ne sais si je dois.
FRANTZ
Assez généreuse pour pardonner à ma fortune, vous êtes trop bonne pour vouloir l'humilier.
SPIEGEL, à part.
Ce diable de Frantz, quelle élocution !
FRANTZ
Monsieur le baron, soyez assez aimable pour donner l'exemple à madame.
LE BARON
Voyons, margrave, acceptons, pour la rareté du fait. Ce sera plaisant de voir les parents qui n'héritent pas rester, ne fût-ce qu'un jour, chez les étrangers qui héritent. Ce sera plaisant et de très-bon goût.
LA MARGRAVE
Eh bien, baron...
FRANTZ
Vous restez. Croyez, madame, que je sens tout le prix d'une faveur si grande,
LE BARON, à Spiegel.
Parbleu! mon jeune Apelles, je veux que nous \1dions un vieux flacon et que nous trinquions tous ensemble à la mémoire du défunt.
Ça me va. (Apart.) Il n'a pas plus de rancune qu'un poulet.