SCÈNE V FRANTZ, LA MARGRAVE
LA MARGRAVE
Est-ce moi qui fais fuir mademoiselle Frédérique?
FRANTZ
Vous ne le croyez pas, madame ! Est-ce que nous partons tout de suite?
LA MARGRAVE
Oh! avant que le baron soit prêt!... Il donne à sa toilette plus de temps que ma fille.
FRANTZ
C'est qu'il a davantage à faire.
LA MARGRAVE
Pauvre baron! il pourrait s'écrier comme le Corrége : « Et moi aussi, je suis peintre I »
FRANTZ
Comment se fait-il qu'un homme d'un esprit si distingué donne dans ce travers?...
LA MARGRAVE
Cette question m'a longtemps tourmenté moi-même ; mais j'ai fini par lui trouver une solution que je crois ingénieuse et qui m'a rendu le sommeil.
Y aurait-il de l'indiscrétion à vous l'emprunter?
LA MARGRAVE
Pas du tout. Vous saurez que, chez les Berghaysep, la beauté est une tradition de famille ; il y a toujours eu à la cour un Bergbausen qu'on appelait le beau Berghausen. Le baron, qui a été un cavalier accompli, ne vous y trompez pas, a brillamment tenu l'emploi pendant une vingtaine d'années. Il s'apprêtait à le résigner entre les mains de son fils Christian, quand il a eu le malheur de le perdre ; pareil à la sentinelle qu'on ne relève pas, il continue héroïquement sa faction, et, pour l'honneur des Berghausen, il veut garder son poste de jeune homme jusqu'à ce qu'il y meure de vieillesse.
FRANTZ
Noble lutte contre les années !
LA MARGRAVE
Malheureusement, le courage va bientôt succomber sous le nombre. Le baron sent lui-même les approches de la défaite. Sa figure s'allonge sous son fard; le regret de son fils s'accroît de jour en jour ; il dit que la solitude lui pèse et qu'il s'ennuie... mais je jurerais que son chagrin n'est que le désespoir du vaincu.
FRANTZ
Vous le calomniez, madame.
LA MARGRAVE
Je plaisante ; mais il y a un peu de vrai là dedans. Le baron tient beaucoup à la beauté du sang. Un jour que je le voyais dans un accès de tristesse, je lui suggérai l'idée d'adopter le chevalier de Blurnenthal... « Ma foi, non! pie réponàiWl i iUit trop lai^ ; il