PAUL, LETOURNEUX, MONSIEUR ET MADAME KLOEKHER
KLOEKHER, bas à sa femme.
Écoutez bien, il y va de ma fortune, de la vôtre : cet homme peut nous perdre. Soyez adroite! il le faut!
Haut.
Madame Kloekher, monsieur Paul de Damvilliers.
TROISIÈME TABLEAU, SCtNE V. 245
MADAME KLOEKHER.
Oh ! je V0U5 connais de nom, depuis longtemps. Monsieur!
PAUL, à part.
Qu'elle est belle !
MADAME KLOEKHER.
Nous avons si souvent causé de votre père ensemble...
LETOURNEUX
Nous trois.
PAUL, à part.
Quel regard ! . . .
KLOEKHER.
Pauvre garçon ! Au retour, après cinq ans d'absence, plus de foyer! Mais j'entends que le mien remplace le vôtre! Ne vous gênez pas! U?ez de moi... De la franchise!...
Oh! merci!... Mais comme j'ai peur d'être indiscret...
// va pour sortir.
KLOEKHER.
Restez donc, vous êtes des nôtres, parbleu! On arrive à peine, continuez votre visite près de Madame. Allons, Letourneux, un petit tour dans le
grand salon; nous penserons ensuite aux choses sérieuses.
scè:KE VI
PAUL, MADAME KLOEKHER.
MADAME KLOEKHER.
Soyez convaincu, Monsieur, que les intentions de mon mari n'avaient pas besoin d'être exprimées. Je partage trop tous ses sentiments pour ne pas désirer comme lui vous être agréable, et môme, pardon du mot... utile, si nous le pouvons.
PAUL
Oh! je suis confus, vraiment!...
MADAME KLOEKHER.
II nous sera bien doux de faire en sorte que vos chagrins soient sinon oubliés... du moins adoucis.
Mais ils le sont déjà, Madame, par cette manière inattendue... !
MADAME KLOEKHER.
Comme vous avez dû souffrir, n'est-ce pas?
PAUL
Oui, oui !
MADAME KLOEKHER.
Pourquoi n'êtes-vous pas venu à nous, d'abord?
PAUL
Eh! mon Dieu, Madame, mon excuse, quoique sincère, est mauvaise, mais...
MADAME KLOEKHER.
Mais quoi ?
PAUL
Pardon! je n'osais...
MADAME KLOEKHER.
Enfant! Allons, vous réparerez cela, je l'exige!... Nous recevons nos intimes tous les mercredis à sept heures, n'oubliez pas ! Je vous ferai connaître quelques-unes de mes amies, des femmes intelligentes qui vous plairont. J'espère que vous viendrez de temps à autre bavarder dans ma loge aux Italiens. Si vos après-midi vous pèsent trop, il y a une place en face de moi dans ma voiture pour faire le tour du lac, au Bois. C'est si ennuyeux d'être seule à revoir tous les jours cette étemelle pièce d'eau! Mais où aller? Puisque vous dessinez, il faudra m'apporter, la prochaine fois, vos albums de voyage. Je vous montrerai les miens; d'avance, je réclame un peu d'indulgence
pour mes pauvres aquarelles. Enfin, nous lirons, nous causerons. Nous deviendrons de vrais amis. J'y compte, du moins.
PAUL
Oh! merci. Vous êtes bonne comme un ange. Voilà les premières marques de sympalliie que l'on m'adresse. Qu'ai-je donc fait pour en mériter une si gracieuse?... A qui la dois-je?
MADAME KLOEKHER.
Mais à la mémoire de votre père, au désir de mon mari, à voire position, et un peu... à vousmême.
Elle lui tend la main ; Paul la saisit et la baise. MADAME KLOEKHER, la retirant vivement.
Monsieur ! . . .
PAUL
Pardon! c'est une faute, je. conçois! L'élan irréfléchi de ma gratitude vous semble une grossièreté.
MADAME KLOEKHER.
N'en parlons plus. Entrons dans le bal. Sortons.
PAUL
Sans m'avoir pardonné? Au nom du ciel, ne m'en voulez pas! Excusez-moi! il faut bien avoir un peu d'indulgence pour un homme abandonné
TROISIÈMt TABLEAU, SCÈNE VI. 249
de tous, fatigué par les déceptions, aigri par le malheur.
MADAME KLOEKHER, à demi-voix.
C'est une sympathie do plus entre nous deux!
Cette de Paul.
Oui, j'ai mes souffrances, et aussi profondes cjiie les vôtres, peut-être!
PAUL
Vous! Comment?
MADAME KLOEKHER.
Ail! monsieur de Damviliiers, un homme de votre condition peut-il avoir des préjugés du peuple et s'imaginer comme lui que le cœur soit content et qu'on n'ait plus rien à demander au ciel, du moment qu'on est riche! Oh! non, non!
PAUL
Expliquez-moi...
MADAME KLOEKHER.
Plus lard, mon ami!...
Les panneaux qui fermaient le boudoir à droite, à gauche et au fond s'enlèvent et laissent voir le bal.
Voire bras, s'il vous plaît?
PAUL, li part.
Son ami... son ami!...
De chaque côté de la scène, il y a des cariatides dorées contre des piliers qui montent jusqu'au plafond} entre les caria-
tidet, des jardinières remplies de Jleurs, espacées par des
candélabres. Au fond, trois arcades ouvertes laissent voir d'autres salons, avec des buffets chargés d'argenteries et de flacons.
scÈ^K^ vil
PAUL, MADAME KLOEKHER, ONË- SIME DUBOIS, MACARET, BOUVI- GNARD, ALFRED DE CISY, LE D' COLOMBEL, Invités, Messieurs et Dames, Domestiques.
(Madiime Klockher remonte la scène au bras de Paul, en vicme temps qu'on s'avance vers elle.)
LES INVITÉS, saluant.
Une fête splendide, éblouissante, délicieuse!
UNE DAME, li une autre.
Quel est donc ce jeune homme? II est fort bien.